Entre le palais Sandor et l'ancien couvent des Carmélites de Budapest, une simple porte sépare les résidences officielles de Katalin Novak et de Viktor Orban. La présidente de Hongrie et le Premier ministre se réunissent une heure, une fois par semaine, chez l'un ou chez l'autre. Adoubée juste avant les dernières vacances de Noël par Orban, sa protégée de 44 ans, première femme à accéder à cette fonction et, de loin, plus jeune titulaire du poste de l'histoire nationale, assume ses fonctions depuis le 10 mai dernier.

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Ses premiers déplacements révèlent une stratégie d'apaisement et de ripolinage de la réputation du pays. Alors que ses prédécesseurs avaient débuté leurs mandats à Vienne, Novak a d'abord rallié Varsovie pour rassurer la Pologne, fâchée par la complaisance d'Orban envers le Kremlin au début de la guerre en Ukraine. A Prague, elle vantait l'importance du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie), fracturé par l'invasion russe. A Bucarest, elle louait la paix et la sécurité, alors que Budapest interdit l'acheminement d'armes vers l'Ukraine via son territoire.

Opération ripolinage

"Après des séminaires d'extrême droite ou anti-IVG sous couvert de défense de la famille, Katalin Novak s'est transformée pour endosser les habits de cheffe d'Etat, pointe la journaliste Viktoria Serdült, de l'hebdomadaire libéral HVG. En plus des gestes de rapprochement effectués vers ses voisins, elle a, aussi, réclamé l'examen des crimes de guerre en Ukraine. De plus en plus isolé en Europe, le gouvernement magyar tente d'utiliser cette communication à son avantage."

Novak doit l'essentiel de son ascension à Orban. Diplômée d'économie et de droit, la quadragénaire originaire de Szeged, grande ville du sud, a incarné les valeurs familiales chères au leader national-populiste pendant toute sa carrière politique : d'abord comme secrétaire d'Etat à la Famille et la jeunesse à partir de 2014, ensuite comme vice-présidente de son parti, le Fidesz, puis en tant que députée et, enfin, ministre de la Famille.

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Ambassadrice de la politique nataliste de l'exécutif, elle a réveillé la démographie magyare amorphe avec des subventions, crédits avantageux et cadeaux fiscaux afin de pousser les Hongrois à pouponner. Entretenant une image de working girl puissante, Novak a défrayé la chronique en décembre 2020 en affirmant que les femmes "ne doivent pas toujours entrer en compétition avec les hommes", les enjoignant ensuite à se considérer "heureuses de pouvoir donner la vie" et "oser dire oui à l'enfant".

Adoubée par les ultraconservateurs

Mère de deux garçons et d'une fille, la présidente hongroise avait mis entre parenthèses sa carrière pendant sept ans afin de suivre son époux en Allemagne et d'élever ses enfants en bas âge dans la région de Francfort. "Je suis fier que mon épouse soit la première citoyenne de Hongrie, car je sais qu'elle est digne de sa mission, a confié le first gentleman, Istvan Veres, au magazine Mandiner. Elle est aussi perfectionniste à la maison que dans son travail. Le soir, quand les enfants et moi sommes couchés, elle prépare souvent des viennoiseries pour le petit-déjeuner du lendemain..."

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Quand elle ne régale pas les siens, Katalin Novak séduit la galaxie ultraconservatrice, du mouvement trumpiste aux Etats-Unis à l'extrême droite européenne. La Lega italienne et la formation espagnole Vox admirent sa défense du modèle père-mère. Dans le documentaire Hungary versus Soros, diffusé sur Fox News, le célèbre présentateur Tucker Carlson consacre un passage élogieux à la méthode nataliste hongroise, qui rejette l'immigration. En France, le manifeste présidentiel de Marine Le Pen reprenait des mesures instaurées par Novak.

Cheville ouvrière du rapprochement entre Emmanuel Macron et Viktor Orban, cette francophone a reçu la Légion d'honneur en 2019, avant de superviser les venues d'Eric Zemmour et de Marine Le Pen à Budapest pendant l'automne 2021. Aujourd'hui, la présidente prône une Hongrie "souriante" pour "mieux se comprendre les uns les autres" et "ouvrir des portes", dans un contraste surjoué avec l'image sulfureuse d'Orban. Car même si elle clame son autonomie, Novak reste un produit politique de celui qui règne en maître sur le pays depuis douze ans.