Opération cabotage en Italie. Ce lundi, en fin d'après-midi, François Hollande et Angela Merkel débarquent sur l'île de Ventotene, au large de Naples. Une terre longue de trois kilomètres, qui ne compte pas plus de 600 habitants, où s'effectue la rentrée politique des principaux leaders politiques européens.
Mais Ventotene, c'est surtout le tombeau d'un des pères fondateurs de l'Europe, Altiero Spinelli. Communiste, journaliste antifasciste déclaré, Spinelli a vécu dix ans à l'isolement sur ce caillou où Mussolini avait fait construire un centre d'isolement dès 1932. Un temps que cette figure de la vie politique italienne et européenne avait mis à profit pour rédiger en 1941, dans la clandestinité sur du papier à cigarette, le Manifeste de Ventotene, texte fondateur de l'idéologie du fédéralisme européen.
Peu de décisions à attendre sur le fond
Dans une Europe aujourd'hui déchirée par la crise migratoire, le terrorisme et le Brexit, la mission Ventotene a pour principal objectif de "préparer les prochaines échéances européennes", selon l'Elysée. A commencer par le prochain sommet (à 28 moins 1) sur l'avenir de l'Europe qui aura lieu le 16 septembre à Bratislava en Slovaquie. Sur le plan de la sécurité de l'UE, les trois chefs d'Etat évoquent aujourd'hui "le corps européen de garde-frontières, les contrôles systématiques aux frontières, le fichier antiterroriste PNR et la mise en place du dispositif ETIAS d'information et d'autorisation dans entrée en Europe", indique l'Elysée.

(G-D) Le président français Francois Hollande, la Chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre italien Matteo Renzi s'adresse à la presse à l'occasion d'un mini-sommet post-Brexit à Berlin, le 27 juin 2016
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En revanche, le mini-sommet s'annonce plus maigre sur le volet économique. Dans le prolongement de son interview du 14 juillet, et sur fond de "numérique" et de "transition énergétique", François Hollande devrait évoquer selon l'Elysée "le doublement des engagements du Plan Juncker", dont on attend toujours les premiers effets sur l'économie européenne.
La jeunesse sera aussi au menu ce lundi, avec l'ambition affichée des dirigeants européens "d'amplifier la mobilité et les possibilités de formation et d'emploi pour tous les jeunes à l'intérieur de l'Union européenne", rappelle l'entourage du président de la République dans un document préparatoire à ce déplacement en Italie.
Invoquer l'Histoire pour préparer l'avenir
En fait, c'est surtout sur la forme que s'inscrit ce mini-sommet à trois sur l'île de Ventotene. "Il y a un caractère historique à cette réunion, note auprès de L'Express l'économiste Nathalie Janson. C'est sur cette-île que s'est dessinée l'Europe." Renzi y était déjà venu l'hiver dernier, "là où tout a commencé", rappelait-il alors. "L'Europe est la plus grande victoire politique du XXe siècle. [Mais] l'Europe est en danger d'effondrement si elle devient un ensemble d'intérêts", indiquait le président du Conseil italien.

François Hollande et Bernard Poignant se connaissent depuis 1984. Le premier a chargé le second de lui faire remonter les humeurs de l'opinion. Ici, à Quimper.
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Un lieu qui n'est donc pas choisi au hasard. Conseiller à l'Elysée et ami de François Hollande, l'ancien maire de Quimper Bernard Poignant connait sur le bout des doigts Ventotene et l'oeuvre de Spinelli. Par le passé, alors qu'il était député européen, il a plusieurs fois vilipendé la stratégie des Etats-nations "dont le nationalisme écrase tout". Il prône ainsi, dans la ligne de Spinelli, un plus grand fédéralisme européen. "Aux yeux des rédacteurs du Manifeste, la solution s'impose dans sa simplicité et son évidence: la Fédération européenne, à l'image des petits Etats venus se fondre dans une plus vaste unité nationale", écrivait Bernard Poignant en 2011 sur son site Internet.
Avec le départ annoncé de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, il est temps pour les principaux leaders européens d'amorcer une réorientation. Mais avec les échéances électorales qui attendent la France et l'Allemagne en 2017, cet avenir s'inscrit en pointillés. D'autant plus que, sur le plan économique, l'électorat allemand n'a jamais été très enclin à plus de fédéralisme.