Trois mois après les élections législatives, l'Allemagne a enfin un nouveau gouvernement. Le Bundestag, le parlement allemand, a voté pour le projet d'Angela Merkel, ce mardi. La chancelière entame donc son troisième mandat à la tête du géant économique européen. A ses côtés, les sociaux-démocrates ont négocié avec leur entrée au gouvernement une ouverture sociale de l'Allemagne. L'arrivée du SPD dans la coalition gouvernementale augure-t-elle d'un changement de cap dans les relations franco-allemandes? L'atmosphère va se détendre mais Allemands et Français devront continuer à faire des efforts.

Francophilie et francophonie de rigueur au gouvernement allemand

Plusieurs ministres du gouvernement Merkel III connaissent bien la langue de Molière, ce qui facilitera les relations avec leurs homologues de Paris. Directeur de cabinet d'Angela Merkel, Peter Altmaier parle couramment français. Ursula van der Leyen, première femme à occuper le poste de ministre de la Défense, est également une francophile connue. Au moment de ses rencontres avec Michel Sapin lorsqu'elle était ministre du Travail, elle a "charmé" son ancien homologue, selon Stefan Seidendorf, chargé de recherches à l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, en Allemagne. Très respectée et très populaire, elle pourrait relancer un partenariat européen sur la défense. Avec l'entrée en guerre de la France sur le terrain centrafricain, la constitution d'une armée européenne pourrait être centrale dans la coopération franco-allemande.

Socialistes et sociaux-démocrates, des amis (presque) naturels

Avec l'arrivée des sociaux-démocrates au pouvoir, "François Hollande a pris sa revanche sur Angela Merkel", s'amuse Stefan Seidendorf. Comme un pied de nez à la chancelière allemande qui avait soutenu son rival Sarkozy lors des présidentielles de 2012, le président français a ouvertement déclaré sa préférence au SPD pendant la campagne électorale allemande. Une "grande coalition" est donc une bonne nouvelle pour lui.

Mais "les horloges des sociaux démocrates et des socialistes ne vont pas à la même vitesse", explique Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg sur Arte. Au plus fort de la crise de la zone euro, le SPD a suivi la ligne sévère de la CDU d'Angela Merkel sur la réduction des déficits. Une politique que les socialistes français ont mis bien plus longtemps à assumer.

Mais Merkel reste aux commandes

A souligner l'arrivée des sociaux-démocrates au gouvernement, on en viendrait à oublier que les conservateurs y demeurent pour un nouveau mandat de quatre ans. "Angela Merkel ne va pas renier trois ans de gouvernement et dire qu'elle a jeté l'Europe au bord du gouffre", explique Guillaume Duval, auteur de Made in Germany: le modèle allemand au-delà des mythes (Seuil) et rédacteur en chef d'Alternatives économiques sur France Culture. Pour Henrik Uterwedde, "dans tout le domaine de la résolution de la crise de la zone euro, c'est la continuité qui prévaut."

François Hollande continuera donc de collaborer avec Angela Merkel. La presse souligne régulièrement leurs différences, mais pour Stefan Seidendorf, les deux chefs d'Etat "sont des ingénieurs du pouvoir qui calculent et arrivent à des synthèses improbables." Merkel et Hollande, faits pour s'entendre?

Auprès d'elle, la chancelière garde le très respecté Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances et ténor de la CDU, reconduit à son poste. Mercredi 17 novembre, le ministre va faire sa rentrée gouvernementale auprès son homologue français, Pierre Moscovici, comme pour souligner que le partenariat franco-allemand est surtout économique.

"Il faut être deux pour danser un tango"

"Si on veut relancer le couple franco-allemand, les deux partenaires doivent bouger", explique Henrik Uterwedde sur France culture. " Une souplesse plus grande du gouvernement allemand sur la consolidation budgétaire suppose certaines avancées du côté français", continue-t-il. "Il faut être deux pour danser un tango."

Ulrike Guerot, analyste et chercheure pour l'organisation Open society initiative for Europe (OSIFE), abonde dans son sens. Lorsque les questions européennes d'intégration fiscale et politique sont soulevées à Berlin, "on entend souvent que la France n'abandonnera jamais sa souveraineté budgétaire, que la France ne sait pas réformer, qu'elle ne fait pas d'efforts", explique-t-elle. Les difficultés du gouvernement français sont observées avec inquiétude de l'autre côté du Rhin. "La France doit se relever, sortir de sa crise politique. Les images de la Bretagne et des bonnets rouges sont arrivées jusqu'en Allemagne", explique Ulrike Guerot. Pour les Allemands les plus conservateurs, renforcer les relations franco-allemandes au sein de l'Europe "ne fait pas envie en voyant ces images", d'après la chercheuse.