L'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont accordés ce samedi sur un cessez-le-feu à partir de midi dans la région séparatiste du Nagorny Karabakh, ou Haut-Karabakh, essentiellement peuplée d'Arméniens. C'est ce qu'a annoncé la diplomatie russe après des négociations marathon à Moscou entre les chefs des diplomaties arménienne et azerbaïdjanaise.
Cependant, après une matinée de combats, le calme n'a régné que brièvement à l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, avant que les deux camps ne s'accusent à nouveau d'attaques. Des missiles azerbaïdjanais se sont abattus sur la capitale du Haut-Karabakh, Stepanakert, ce samedi matin, a indiqué un responsable de cette enclave, peu de temps avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. "Il y a quelques minutes, l'Azerbaïdjan a de nouveau frappé des zones civiles de Stepanakert avec des missiles", a déclaré sur Twitter Artak Belgarian, le médiateur de cette république auto-proclamée, précisant qu'il n'y avait pas encore d'informations sur les victimes.
"Les forces armées arméniennes bombardent intensivement des zones peuplées (...) L'Azerbaïdjan prend des mesures réciproques", a justifié le ministère de la Défense azerbaïdjanais dans un communiqué. "L'Arménie viole de manière flagrante le cessez-le-feu, tente d'attaquer dans les directions de Fizuli-Jebrail et Agdam-Terter" au Haut-Karabakh, a déclaré le ministère de la Défense azerbaïdjanais. "Les forces azerbaïdjanaises ont lancé une attaque à 12 h 05", soit après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, a de son côté déclaré le ministère de la Défense arménien, dénonçant le "mensonge" de Bakou concernant les attaques arméniennes.
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Stepanakert, régulièrement bombardée ces derniers jours, l'a encore été samedi matin mais dans l'après-midi la situation était plus calme, hormis quelques explosions au loin. Peu croyaient néanmoins aux chances d'une trêve. "On connaît les Azéris, on ne peut pas leur faire confiance. Ils peuvent retourner leur veste en un clin d'oeil. Ce cessez-le-feu ne durera pas. C'est un stratagème pour gagner du temps", estime Livon, l'un des rares taxis circulant dans la capitale séparatiste. "Pourtant les deux côtés ont besoin d'un répit", affirme l'homme.
Beaucoup en Azerbaïdjan se disent même opposés à cette trêve. A Bakou, Sitara Mamedova, une étudiante de vingt ans, est "déçue": "Non au cessez-le-feu ! L'ennemi doit quitter nos terres ou être exterminé sur nos terres". A Barda, à 40 km du front, Mourat Assadov est d'accord : "Nous devons continuer la guerre et reprendre nos terres".
Calme "temporaire"
Selon un haut responsable azerbaïdjanais, le calme n'était que "temporaire". "C'est un cessez-le-feu humanitaire pour échanger les corps et les prisonniers, ce n'est pas un véritable cessez-le-feu", a-t-il indiqué, affirmant que Bakou n'avait "pas l'intention de reculer" dans ses efforts pour reprendre le contrôle de la région.
Auparavant, les négociations entre les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais, à Moscou, avaient duré plus de 10 heures et sont terminées très tard dans la nuit de vendredi à samedi. Il s'agissait du premier espoir sérieux pour mettre fin aux affrontements meurtriers qui opposent depuis le 27 septembre des séparatistes arméniens de la république autoproclamée du Haut-Karabakh, soutenus par Erevan, et les forces azerbaïdjanaises. Jusqu'à présent, les deux parties étaient restées sourdes aux appels de la communauté internationale à un cessez-le-feu.
Dans un message sur son compte Facebook, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a évoqué des "négociations marathon" et a qualifié le ministre russe des Affaires étrangères de "maestro". Avant le début des pourparlers, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev avait affirmé donner une "dernière chance" à Erevan pour régler pacifiquement le conflit dans cette région montagneuse, revendiquée par les deux pays. "Nous retournerons de toute façon sur nos terres", avait-il affirmé, lors d'un discours télévisé. Le Premier Ministre arménien Nikol Pachinian s'était dit lui prêt "pour la reprise du processus de paix". En amont des pourparlers à Moscou, le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine avait rencontré son homologue arménien à Erevan vendredi.
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Samedi, Vladimir Poutine s'est entretenu au téléphone avec le président iranien Hassan Rouhani des efforts de médiation russes, selon le Kremlin. Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a lui salué le cessez-le-feu et s'est dit prêt à faciliter les échanges de prisonniers et des corps. Le cessez-le-feu est "un premier pas important mais ne remplacera pas une solution permanente", a de son côté indiqué la diplomatie turque, premier soutien de Bakou. Selon elle, l'Azerbaïdjan a donné "la dernière chance à l'Arménie de se retirer des territoires qu'elle occupe" et "a montré à l'Arménie et au monde qu'il peut reprendre ses terres".
Une cathédrale arménienne bombardée
L'Azerbaïdjan se dit déterminé à reconquérir par les armes le Haut-Karabakh, et soutient que seul un retrait des troupes ennemies mettrait fin aux combats. Une première guerre entre 1988 et 1994 y avait fait 30 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés. Le front est depuis resté figé, malgré des heurts récurrents. Depuis la reprise des affrontements il y a 13 jours, le bilan officiel est monté à plus de 400 morts, dont 22 civils arméniens et 31 Azerbaïdjanais. Il est cependant très partiel et pourrait être bien plus élevé, chaque camp affirmant avoir éliminé des milliers de soldats ennemis. Bakou ne révèle pas ses pertes militaires.
Les affrontements se sont étendus ces derniers jours avec des bombardements sur les zones urbaines des deux côtés. Selon les autorités séparatistes, la moitié des 140 000 habitants du Haut-Karabakh ont déjà été déplacés par ces affrontements. Jeudi, une emblématique cathédrale arménienne a été touchée deux fois en quelques heures et des journalistes russes y ont été blessés, dont l'un très grièvement. L'armée azerbaïdjanaise a démenti avoir tiré sur cet édifice. La crainte est de voir ce conflit s'internationaliser dans une région où Russes, Turcs, Iraniens et Occidentaux ont des intérêts. De nombreux rapports ont fait état de combattants pro-turcs de Syrie envoyés se battre.
