Après 136 jours de guerre en Ukraine, les forces russes poursuivent leur pilonnage massif du Donbass, région minière de l'est du pays où se concentrent les combats et qu'ils veulent conquérir dans sa totalité. "Toute la ligne de front est sous un bombardement incessant", a affirmé, vendredi, soir le gouverneur régional Pavlo Kyrylenko. "Ils n'arrêtent pas de bombarder dans la direction de Donetsk (...) Bakhmout est bombardé, Sloviansk est bombardé jour et nuit, Kramatorsk...", a-t-il ajouté sur Telegram. Plus tôt dans la journée, il avait fait état d'un bilan de six morts et 21 blessés en 24 heures dans les bombardements de la région.
Selon lui, l'armée russe est "en train de se regrouper, ou plutôt de reconstituer ses groupes et prépare de nouvelles actions à Sloviansk, Kramatorsk, Bakhmout". Dans la région de Kharkiv (nord-est), la deuxième ville du pays, les bombardements russes ont fait quatre morts et neuf blessés parmi les civils en 24 heures, a indiqué le gouverneur Oleg Sinegoubov.
Iryna Verechtchouk, la vice-première ministre ukrainienne, a appelé vendredi les habitants des zones occupées par l'armée russe dans les régions de Kherson et de Zaporijia à partir le plus vite possible. "Il y aura d'énormes batailles", a-t-elle assuré, précisant que l'armée ukrainienne cherchait à libérer ces régions.
Nouvelle aide militaire américaine
Selon un haut responsable du Pentagone, la nouvelle aide militaire américaine d'un montant de 400 millions de dollars va améliorer les capacités ukrainiennes à viser des dépôts d'armes et la chaîne d'approvisionnement de l'armée russe. L'envoi comprend notamment quatre systèmes de lance-roquettes multiples Himars et un millier obus de 155 mm pour des pièces d'artillerie fournies par les alliés occidentaux de Kiev. Ces obus sont "plus efficaces" car plus précis et ont un rayon d'action plus important que ceux fournis jusqu'ici, a précisé le responsable du Pentagone.
Grâce aux huit premiers Himars acheminés le mois dernier, les experts militaires estiment que l'armée ukrainienne a pu détruire plus d'une dizaine de dépôts de munitions russes installés à l'arrière de la ligne de front dans l'est du pays. Washington a déjà fourni 6,9 milliards de dollars en assistance militaire à Kiev depuis le début de l'invasion russe, le 24 février.
L'armée russe incendie les cultures, selon l'Ukraine
En pilonnant la région de Donetsk, où les évacuations de civils se poursuivent, Moscou cherche à s'emparer de l'ensemble du bassin du Donbass, son objectif stratégique depuis qu'elle s'est retirée des environs de Kiev fin mars.
Selon le gouverneur régional, l'armée russe a par ailleurs commencé à incendier les cultures: "Il y a des incendies massifs dans les champs, qui sont intentionnellement causés par l'ennemi. Ils essaient de détruire les récoltes par tous les moyens. Ils bombardent les machines agricoles, les moissonneuses...", a-t-il accusé. L'invasion russe de l'Ukraine, pays considéré comme l'un des greniers à céréales de la planète, a fait grimper en flèche les prix des denrées alimentaires et contribué à la flambée mondiale de l'inflation.
Au G20, l'effet de la guerre "se fait sentir dans le monde entier"
Vendredi, en Indonésie, les participants à une réunion ministérielle du G20 ont "exprimé leurs profondes inquiétudes à propos des conséquences humanitaires de la guerre", a indiqué la cheffe de la diplomatie indonésienne, Retno Marsudi. Les effets du conflit "se font sentir dans le monde entier, sur l'alimentation, l'énergie et les budgets. Et comme toujours, les pays pauvres et en développement sont les plus touchés", a-t-elle souligné.
Si le G20 n'a pas unanimement condamné l'invasion russe, les Occidentaux ont néanmoins estimé avoir réussi à élargir le front contre la Russie et à lui attribuer clairement la responsabilité de la guerre et des crises énergétique et alimentaire mondiales qu'elle a suscitées.
Face au flot de condamnations occidentales, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a quitté dès la mi-journée la rencontre, à laquelle assistait également son homologue américain Antony Blinken. C'était la première fois depuis le début de la guerre en février que les deux hommes étaient réunis, mais le secrétaire d'Etat américain a refusé de rencontrer son homologue russe séparément. Ce dernier a rétorqué que Moscou ne courrait pas après Washington pour des pourparlers.
