"Severodonetsk, Lyssytchansk, et d'autres villes du Donbass, que les occupants considèrent maintenant comme leurs cibles, tiennent bon", a déclaré, jeudi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky. La première des deux, Severodonetsk, cité stratégique pour le contrôle de cette région de l'est de l'Ukraine, est depuis de longs jours le théâtre affrontements entre attaquants russes et défenseurs ukrainiens. D'intenses combats de rue y ont lieu. Le Palais des Glaces, un des symboles de la ville, a été détruit dans un incendie provoqué par les bombardements russes, a annoncé ce vendredi, sur Telegram, Sergueiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Lougansk. Toutefois, assure le même, l'Ukraine pourrait reprendre Severodonetsk "en deux, trois jours" dès qu'elle disposera d'artillerie occidentale "de longue portée".
La France souhaite la "victoire de l'Ukraine"
La France souhaite que l'Ukraine sorte "victorieuse" du conflit avec la Russie, a insisté ce vendredi la présidence française, répondant aux interrogations suscitées par un appel du président Emmanuel Macron à "ne pas humilier la Russie".
"Comme le président a eu l'occasion de le dire, nous souhaitons la victoire de l'Ukraine. Nous souhaitons que l'intégrité territoriale de l'Ukraine soit rétablie. Nous souhaitons que ce conflit, que cette guerre de la Russie contre l'Ukraine cesse le plus vite possible", a déclaré un conseiller du président.
L'Elysée a ajouté qu'Emmanuel Macron se rendra mardi en Roumanie, pour rencontrer les troupes françaises qui y sont stationnées, puis en Moldavie mercredi afin d'affirmer son soutien à ce pays affecté par la guerre en Ukraine. La présidence française a précisé qu'une visite du chef de l'Etat en Ukraine se déroulerait à une date qui n'a pas été encore fixée, au moment où elle sera "utile au président (Volodymyr) Zelensky".
Zelensky et Macron parlent armes lourdes et adhésion à l'UE
Les Ukrainiens ne cessent de réclamer à leurs alliés occidentaux des armes plus puissantes. Volodymyr Zelensky en a fait une nouvelle fois la demande auprès du président français Emmanuel Macron, jeudi, après l'avoir informé de "la situation sur le front". Au cours d'un échange téléphonique, les deux chefs d'Etat ont "discuté d'autres aides militaires", et "une attention particulière a été consacrée aux moyens de l'adhésion de l'Ukraine à l'UE", a indiqué Volodymyr Zelensky. Emmanuel Macron a assuré que "la France resterait mobilisée pour répondre aux besoins de l'Ukraine, y compris en armes lourdes".
Car selon plusieurs sources militaires américaines, l'Ukraine aurait épuisé tout son armement de fabrication russe et soviétique et dépendrait exclusivement des armes que lui fournissent ses alliés étrangers, notamment de l'artillerie occidentale. A ce sujet, la livraison de systèmes de lance-roquettes multiples, d'une portée d'environ 80 km, soit légèrement supérieure aux systèmes russes, a été annoncée par Washington et par Londres, mais on ignore quand les Ukrainiens pourront commencer à les utiliser.
"Jusqu'à 100 soldats" ukrainiens tués et "500 blessés" chaque jour
Kiev déplore chaque jour "jusqu'à 100 soldats" tués et "500 blessés" dans les combats, a déclaré jeudi le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov. Lyssytchansk, voisine de Severodonetsk, reste entièrement sous contrôle ukrainien mais subit des bombardements "puissants", selon le gouverneur régional, qui accuse les forces russes de viser "délibérément" les hôpitaux et les centres de distribution d'aide humanitaire.
Les Russes bombardent aussi la région de Donetsk, l'autre partie du Donbass, "sur tout le long de la ligne de front", avec notamment des attaques sur Sloviansk et Bakhmout, selon Kiev. D'après un rapport de l'armée ukrainienne publié sur Facebook, les Russes ont bombardé plus de vingt localités dans les régions de Donetsk et de Lougansk. Les forces ukrainiennes ont repoussé jeudi sept attaques russes, ont-elles ajouté.
"Notre aviation a frappé des positions russes, des sites où se concentrent équipements et personnel et des dépôts autour de cinq localités de la région de Kherson", a également indiqué, ce vendredi, l'état-major de l'armée ukrainienne. La quasi-totalité de la région de Kherson, dont elle est la capitale régionale, est occupée par les troupes russes depuis les premiers jours de l'invasion russe. Kiev redoute que Moscou y organise bientôt un référendum en vue d'une annexion à la Russie.
Inflation record en Russie
La hausse des prix touche aussi la Russie, où l'inflation avait connu en avril une hausse vertigineuse jusqu'à battre un record de vingt ans. Malgré un recul en mai, elle atteint 17,1% sur un an, selon des données officielles. L'Institut de la Finance internationale (IFF) prévoit une contraction de l'économie russe de 15% cette année et de 3% supplémentaires en 2023. Pour l'Ukraine, le produit intérieur brut (PIB) a déjà chuté de 15,1% au premier trimestre 2022 par rapport à la même période de l'année précédente, selon des chiffres officiels ukrainiens.
Demande de déminage des ports ukrainiens
En raison de la guerre, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la flambée des prix des céréales et des engrais devrait avoir pour conséquence en 2022 une hausse dramatique de la facture pour les pays importateurs, qui paieront "plus pour avoir moins".
Les exportations de céréales ukrainiennes sont paralysées par le blocage de ses ports par la flotte russe de la mer Noire. Des pays africains et moyen-orientaux sont les premiers touchés. Le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall, président en exercice de l'Union africaine, a appelé jeudi au déminage du port ukrainien d'Odessa. Il dit avoir reçu l'assurance du président Vladimir Poutine que la Russie n'attaquerait pas. Macky Sall doit rencontrer, ce vendredi, Emmanuel Macron en France. Il compte lui demander la levée de sanctions européennes contre la Russie, en particulier l'exclusion de banques russes du système Swift, messagerie sécurisée et rouage essentiel des transferts de fonds internationaux.
Volodymyr Zelensky, de son côté, a demandé, jeudi, l'exclusion de la Russie de la FAO. Interrogée, celle-ci n'a pas immédiatement réagi à cet appel.
Deux combattants britanniques et un marocain condamnés à mort par les séparatistes
Les Britanniques Aiden Aslin et Shaun Pinner et le Marocain Brahim Saadoun, qui vont faire appel de leur condamnation à mort par la justice des autorités séparatistes de Donetsk, sont accusés d'avoir participé aux combats comme "mercenaires" aux côtés des Ukrainiens, a annoncé l'agence de presse officielle russe TASS. Londres a fait part de sa "grave préoccupation".
Quatre militaires volontaires étrangers, dont un Français, ont été tués en combattant l'invasion russe en Ukraine, selon la Légion internationale pour la défense de l'Ukraine (LIDU), organisme officiel des combattants volontaires étrangers. La Russie a affirmé cette semaine avoir tué "des centaines" de combattants étrangers depuis le début de son invasion, le 24 février, et avoir endigué le flux de nouveaux arrivants.
Le nombre exact de ces étrangers n'est pas connu. Début mars, peu après le début de l'invasion russe, le président Zelensky avait affirmé que 16 000 étrangers s'étaient portés volontaires, un chiffre invérifiable de source indépendante.
