L'avancée russe se poursuit. Les troupes russes continuent de progresser vers Sloviansk, dans le Donbass, nouvelle cible principale. Après la prise de Lyssytchansk, dimanche, elles contrôlent la quasi-totalité de la région de Lougansk et se tournent vers celle de Donetsk, dans l'optique de contrôler l'ensemble du territoire du Donbass, que Moscou dirige partiellement depuis 2014 et l'offensive des séparatistes russes. Mardi, les soldats de l'armée russe se trouvaient à une cinquantaine de kilomètres de Sloviansk.
Au-delà de freiner l'assaut de l'envahisseur, l'enjeu pour l'armée ukrainienne est désormais de briser les ponts que la Russie tente d'établir entre les deux régions. "De violents combats ont lieu (...) près de Lyssytchansk (...). Les forces russes essaient constamment de construire des passages pour transférer encore plus de matériel", alertait mardi soir le gouverneur de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï.
Evacuation de Sloviansk
Face à la menace de l'arrivée des forces russes, les autorités de la ville de Sloviansk ont ordonné l'évacuation de la ville peuplée avant la guerre par près de 100 000 personnes. Elles craignent notamment les bombardements indifférenciés de plus en plus répétés et insistants. "Mon principal conseil : évacuez !", a lancé mardi soir le gouverneur de la région de Donestk, Pavlo Kyrylenko à l'adresse des habitants, ajoutant que "pendant la semaine, il n'y a pas eu un jour sans bombardement".
Des frappes qui visaient un marché de la ville ont fait deux morts et sept blessés, quelques heures auparavant. "Une fois encore, les Russes visent intentionnellement des endroits où se rassemblent les civils. C'est du terrorisme pur et simple", a commenté Pavlo Kyrylenko.
Recours à l'arme nucléaire évoqué par l'ex-président russe
"L'idée même de châtier un pays qui a le plus grand arsenal nucléaire au monde est absurde en soi. Et cela crée potentiellement une menace pour l'existence de l'humanité", a écrit sur son compte Telegram l'ex-président russe Dmitri Medvedev, actuel vice-président du puissant Conseil de sécurité russe. Il s'en est ensuite pris aux Etats-Unis, accusés de vouloir traduire la Russie devant des juridictions internationales, alors que Washington n'avait jamais été puni pour ses guerres menées à travers le monde et qui, selon lui, ont fait 20 millions de morts.
Moscou critique une violation de l'"étiquette diplomatique"
Le chef de la diplomatie russe s'est offusqué, ce mercredi, de la publication par la chaîne de télévision France 2 d'un entretien entre les présidents français et russe, quatre jours avant que Moscou lance son assaut contre l'Ukraine. "L'étiquette diplomatique ne prévoit pas de fuites unilatérales de (tels) enregistrements", a relevé le ministre Sergueï Lavrov, au cours d'un déplacement au Vietnam.
La conversation téléphonique de neuf minutes très tendue entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine a été diffusée dans un documentaire de France 2. Celui-ci retrace la médiation du président français pour tenter d'empêcher l'embrasement du conflit en Ukraine, Moscou étant alors accusé de préparer une offensive en dépit de ses dénégations répétées. Sergueï Lavrov a jugé que la Russie n'avait pas à rougir du contenu de la conversation entre les deux dirigeants.
Accusations de tortures contre les forces ukrainiennes
Dans le même temps, Moscou a annoncé mardi avoir lancé une enquête sur des tortures que disent avoir subies ses soldats capturés par les forces ukrainiennes, puis libérés lors d'un échange de prisonniers avec Kiev. Depuis plusieurs semaines, les deux armées engagées dans cette guerre s'accusent mutuellement de mauvais traitements et de tortures sur prisonniers.
Le ministère russe de la Défense a également accusé des "nationalistes ukrainiens" d'avoir déversé de grandes quantités de chlore dans une station de filtration minée, dans la région de Donetsk. Il s'est empressé d'affirmer que Kiev basait ses hommes et ses armes dans des infrastructures chimiques créant "les conditions préalables à des accidents pouvant entraîner la mort de milliers de civils".
Fin de la conférence de Lugano pour la reconstruction de l'Ukraine
Mardi soir s'est clôturée la conférence internationale de Lugano, en Suisse, préparant la reconstruction de l'Ukraine, dont Kiev évalue aujourd'hui le coût à 750 milliards de dollars. A l'issue de ce sommet qui a duré deux jours, les pays alliés, plusieurs institutions internationales et le secteur privé se sont engagés "pleinement à soutenir l'Ukraine tout au long de son parcours" dans une déclaration commune.
Dans un pays miné par la corruption, l'injection massive de fonds inquiète certains observateurs. Dans son rapport publié en 2021 sur la corruption, l'ONG Transparency International classait l'Ukraine 122e sur 180 pays sur le sujet. Dans ce contexte, les membres de la conférence de Lugano signataires de la déclaration ont appelé à un "processus de rétablissement transparent et responsable".
5 000 civils morts dont 335 enfants
La Haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Michelle Bachelet a dénoncé, mardi, le bilan civil "intolérable" du conflit. Près de 5 000 civils ont trouvé la mort dans les combats, dont 335 enfants, une estimation sans doute bien en dessous du bilan réel. Les Nations unies se sont également émues des nombreuses violations des droits humains visant la population. "Au nom de chaque victime de cette guerre absurde, les exécutions, la torture et les détentions arbitraires doivent cesser", a lancé Michelle Bachelet devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève.
