Sur la place Saint-Michel de Kiev, les statues de l'apôtre André, de la princesse Olga et des saints Cyrille et Méthode, recouvertes de sacs de sable, échappent pour le moment aux bombardements russes. Une chance que n'ont pas eu au moins 53 autres sites culturels du pays, selon un rapport publié vendredi 1er avril par l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).

Grâce à l'étude d'images satellitaires, au recensement des autorités ukrainiennes et au travail des agences partenaires, l'Unesco fait état de la destruction ou de l'endommagement de 29 sites religieux, de 16 bâtiments historiques et de quatre musées et monuments. Une liste non exhaustive puisque les experts n'ont pu encore considérer la situation à Marioupol, l'une des villes les plus meurtries d'Ukraine, dont on sait que le théâtre est réduit en cendres.

Les habitants tentent de protéger les statues de la place Saint Michel

Les habitants tentent de protéger les statues de la place Saint Michel

© / Anadolu Agency via AFP

Les joyaux de Tchernihiv sous les bombes

"Tout faire pour sauver le patrimoine du pays", c'est la mission que se donne l'Unesco, par la voix de son directeur du patrimoine, Lazare Eloundou Assomo. La situation de Tchernihiv, au nord de l'Ukraine, inquiète particulièrement l'organisation. Abritant de magnifiques monuments et églises bâtis entre le IXe et le XIIIe siècle, elle devait candidater pour rejoindre le Patrimoine mondial onusien. Mais bombardée jour et nuit par l'armée russe, elle pourrait perdre bon nombre de ses joyaux.

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"Nous savons que cinq sites de la ville sont endommagés ou détruits, et plusieurs autres devraient s'ajouter", nous précise un porte-parole de l'Unesco. Parmi les édifices touchés, citons les Églises Sainte-Catherine et Sainte-Theodose ou encore le musée de l'Histoire militaire. Autre source d'inquiétude, le sort des sept sites ukrainiens inscrits à ce jour au Patrimoine mondial, dont fait partie la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev.

Cathédrale de la Transfiguration, à Tchernihiv.

La cathédrale de la Transfiguration, à Tchernihiv est menacée par les bombes.

© / robertharding via AFP

Villes de culture et de patrimoine en danger, Kiev et Kharkiv comptent respectivement cinq et 18 sites détériorés par les bombardements russes. Les autres dégâts majeurs étant signalés à Soumy, au Nord, à Donetsk et Lougansk, à l'Est, et à Zaporojie, au sud du pays.

Une église détruite dans la banlieue de Donetsk.

Une église détruite dans la banlieue de Donetsk.

© / Sputnik via AFP

L'importance de marquer les sites menacés

Afin de référencer les sites en danger, l'Unesco et les autorités ukrainiennes ont mis en place un système de signalement des sites par marquage. "Le jour où justice sera rendu, ce marquage permettra de prouver que la Russie n'a pas respecté la Convention sur la protection des biens culturels en cas de conflits armés, dont elle est pourtant signataire", explique le porte-parole de l'agence onusienne que nous avons pu joindre. "À Lviv, par exemple, beaucoup de bâtiments sont désormais marqués", ajoute-t-il.

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Dans un courrier envoyé le 17 mars au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay, a d'ailleurs rappelé que "toute violation des normes en vigueur engagera la responsabilité internationale de ses auteurs."

Une rue dans la vieille ville de Lviv.

Une rue dans la vieille ville de Lviv.

© / The Yomiuri Shimbun via AFP