L'invasion russe lancée le 24 février a paralysé les exportations de céréales de l'Ukraine - acteur majeur de ce secteur - et provoqué une flambée des prix, menaçant de crise alimentaire de nombreux pays, surtout africains et moyen-orientaux. Le président français doit se rendre en Roumanie et en Moldavie mardi et mercredi, en attendant une visite en Ukraine, dont la date n'a pas encore été fixée, selon l'Elysée.

De son côté, le président américain a affirmé, vendredi, que son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky "ne voulait pas entendre" les mises en garde américaines avant l'invasion de son pays par la Russie. "Beaucoup de gens pensaient que j'exagérais" en évoquant une attaque russe contre l'Ukraine avant qu'elle ne débute", a déclaré Joe Biden. "Mais je savais que nous avions des informations en ce sens. (Le président russe Vladimir Poutine) allait traverser la frontière. Il n'y avait aucun doute et Zelensky ne voulait pas l'entendre", a-t-il ajouté devant des journalistes.

A Kiev, Ursula von der Leyen promet un avis "d'ici la fin de la semaine prochaine" pour la candidature à l'UE

La présidente de la Commission européenne est arrivée ce samedi à Kiev pour une nouvelle visite - surprise - consacrée aux ambitions de l'Ukraine de rejoindre l'UE et à la reconstruction. "Je suis de retour pour rencontrer le président (Volodymyr) Zelensky et le Premier ministre (Denys) Chmygal. Nous ferons le point sur le travail commun nécessaire à la reconstruction et sur les progrès accomplis par l'Ukraine sur la voie de l'Europe", a indiqué Ursula von der Leyen.

"Nous voulons soutenir l'Ukraine dans son parcours européen", a déclaré Mme von der Leyen lors d'une courte conférence de presse suivant son entretien avec Volodymyr Zelensky. "Les discussions d'aujourd'hui vont nous permettre de finaliser notre évaluation d'ici la fin de la semaine prochaine", a-t-elle ajouté, soulignant que les autorités ukrainiennes ont "fait beaucoup" en vue d'une candidature, mais qu'il y a "encore beaucoup à faire", notamment dans la lutte anticorruption.

La Russie remet des passeports aux habitants du sud de l'Ukraine

Selon l'agence officielle TASS, 23 habitants de Kherson ont reçu ce samedi, au cours d'une cérémonie, un passeport russe, une "procédure simplifiée" permise grâce à un décret signé fin mai par le président russe Vladimir Poutine. "Tous nos habitants de Kherson veulent obtenir un passeport et la citoyenneté (russe) le plus rapidement possible", a assuré Vladimir Saldo, le chef de l'administration pro-russe de la région, cité par TASS.

La région de Kherson a été presque entièrement conquise par l'armée russe au début de son offensive. Le décret signé par le Kremlin fin mai, autorisant les autorités locales pro-russes à remettre des passeports aux habitants, concernait également la région de Zaporijjia, en partie contrôlée par Moscou. L'Ukraine avait dénoncé l'instauration de cette procédure spéciale, fustigeant une "violation flagrante" de son intégrité territoriale. "Le décret présidentiel russe est juridiquement nul et n'aura pas de conséquences" sur "l'appartenance des habitants des territoires temporairement occupés par la Russie à la citoyenneté ukrainienne", avait alors indiqué le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

Zelensky réclame la fin du blocus des ports ukrainiens, la France prête à aider à Odessa

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé, ce samedi, un nouvel appel samedi à une pression internationale pour obtenir que la Russie mette fin au blocus des ports ukrainiens de la mer Noire. "La pénurie de produits alimentaires mènera inexorablement au chaos politique, ce qui risque de provoquer le renversement de nombreux gouvernements", a-t-il dit par vidéo au forum sur la sécurité en Asie-Pacifique, le Shangri-La Dialogue. L'Ukraine, a précisé le chef d'Etat, exporte actuellement deux millions de tonnes de céréales par train chaque mois. Mais cela reste largement en dessous de ce qu'elle exporte habituellement.

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La France, elle, s'est dite prête à aider pour lever le blocus du port ukrainien d'Odessa, afin de faire sortir d'Ukraine les céréales dont le blocage provoque une crise alimentaire mondiale. "Nous sommes à disposition des parties pour, au fond, que se mette en place une opération qui permettrait d'accéder au port d'Odessa en toute sécurité, c'est-à-dire de pouvoir faire passer des bateaux en dépit du fait que la mer est minée", a déclaré un conseiller du président Emmanuel Macron.

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Ces déclarations interviennent alors qu'Emmanuel Macron recevait vendredi le président sénégalais Macky Sall, également président de l'Union africaine. Ce dernier avait appelé la veille au déminage du port d'Odessa, et indiqué avoir reçu des assurances du président Vladimir Poutine que les Russes n'en profiteraient pas pour attaquer, comme le redoutent les Ukrainiens.

"La navigation est bloquée dans la mer Noire et les navires ennemis tiennent presque la totalité du territoire ukrainien sous la menace de frappes de missiles", a expliqué le commandement opérationnel ukrainien de la région sud, dans la nuit de vendredi à samedi. Il a aussi noté que, "ne parvenant pas à progresser sur terre, l'ennemi teste la solidité de nos positions (sur les lignes de front) avec des bombardements depuis les airs avec des hélicoptères".

Bombardements ukrainiens sur Kherson

Sur le terrain, les forces ukrainiennes ont indiqué vendredi avoir bombardé des positions russes dans la région de Kherson (sud), dont la quasi-totalité est occupée depuis les premiers jours de l'invasion. Kiev redoute une annexion rapide par Moscou. Depuis plusieurs jours, les Ukrainiens font état de combats dans cette région. Le commandement opérationnel ukrainien a raconté qu'un groupe de reconnaissance infiltré dans ce territoire occupé avait vaincu des troupes russes, "s'emparant de leurs armements et moyens de communication".

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Les autorités locales mises en place par Moscou réclament haut et fort une annexion. Un négociateur russe a évoqué, le 1er juin, l'organisation prochaine - peut-être en juillet - d'un référendum dans les territoires occupés sur cette question. Un projet qualifié d'"illégal" par Kiev et qui rappelle le référendum organisé par la Russie en Crimée en 2014.

Les combats sont également intenses dans la région de Mykolaïv, voisine d'Odessa. "Les Russes nous visent à l'artillerie lourde, que ce soit en ville ou dans les villages", a déclaré à l'AFP Vitali Kim, gouverneur de cette région, tout en se félicitant que les assaillants aient reculé ces derniers jours. "Ils ne reviendront pas, nous ne les laisserons pas revenir", a-t-il assuré.

Severodonetsk toujours sous les bombes russes

Dans le Donbass, la bataille pour la ville-clé de Severodonetsk et sa jumelle Lyssytchansk continue. Elle est de plus en plus meurtrière. Dans son habituel message quotidien du soir, Volodymyr Zelensky a fait état "de très violents combats [...]. La Russie veut dévaster chaque ville du Donbass, chacune, sans exagération. Comme Marioupol", a-t-il relevé.

"Les militaires ukrainiens font tout pour arrêter les attaques des occupants, autant que possible avec autant d'armes lourdes et de l'artillerie moderne" que l'Ukraine possède, a-t-il lancé. Mais les combats se poursuivent dans Severodonetsk et les bombardements sont constants, a indiqué vendredi Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région.

Le chef d'état-major des armées ukrainiennes a précisé, samedi matin, que les Russes avançaient en direction de Novotoshkivske-Orikhove et avaient un "succès partiel" aux abords du village d'Orikhovo. "L'ennemi continue de mener des assauts dans la ville de Severodonetsk", a-t-il poursuivi, précisant que quatorze attaques avaient été repoussées dans les régions de Donetsk et Lougansk en 24 heures.

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Prendre Severodonetsk ouvrirait à Moscou la route d'une autre grande ville, Kramatorsk, étape importante pour conquérir l'intégralité du bassin du Donbass, région essentiellement russophone de l'est de l'Ukraine, en partie tenue par des séparatistes prorusses depuis 2014.

Selon l'état-major, l'armée russe se prépare à attaquer Slavyansk et Siversk, regroupant ses troupes et acheminant munitions et carburant dans cette perspective. Et le risque de frappes de l'Ukraine depuis le Belarus "persiste", a-t-il relevé. La bataille est particulièrement meurtrière, avec "jusqu'à 100 soldats" ukrainiens tués et 500 blessés chaque jour, indiquait jeudi le ministre ukrainien de la Défense Oleksiï Reznikov. Les Russes ne disent rien sur leurs pertes.

Le chef de l'administration présidentielle ukrainienne Andriï Yermak a annoncé, ce samedi, "la mort pendant la guerre" d'un journaliste militaire, l'officier Oleksiy Chubashev. Il n'a pas donné de précision sur les circonstances du décès de celui qui a été responsable d'un programme de recrutement et de la télévision militaire ukrainienne.

Armes lourdes au compte-gouttes

L'Ukraine pourrait toutefois reprendre Severodonetsk "en deux, trois jours", dès qu'elle disposera d'artillerie occidentale "de longue portée", avait assuré jeudi M. Gaïdaï. Les Ukrainiens ne cessent de réclamer à leurs alliés occidentaux de nouvelles armes plus puissantes.

La livraison de systèmes de lance-roquettes multiples, notamment des Himars d'une portée d'environ 80 km, soit légèrement supérieure aux systèmes russes, a été annoncée par Washington et Londres.

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Dans ce contexte, le ministre britannique de la Défense Ben Wallace a fait une visite non annoncée de deux jours à Kiev. Le président Zelensky l'a remercié pour le rôle moteur de Londres dans le soutien occidental à l'Ukraine. "Les Britanniques font preuve d'un vrai leadership dans les questions de défense", a insisté le président ukrainien.

Boris Johnson "consterné" par la condamnation à mort de deux Britanniques

La visite de Ben Wallace intervient au lendemain de l'annonce par les autorités de la "république" séparatiste prorusse de Donetsk de la condamnation à mort pour mercenariat de deux Britanniques et d'un Marocain ayant combattu coté ukrainien.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson est "consterné" par cette condamnation, a indiqué vendredi Downing Street, disant travailler avec Kiev à leur libération. "Clairement, ils servaient dans les forces armées ukrainiennes et sont des prisonniers de guerre" et non des mercenaires, a déclaré un porte-parole.

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Au 107e jour de la guerre, les chefs d'Etat de neuf pays d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Pologne, Hongrie, Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, République tchèque, Slovaquie) se sont par ailleurs retrouvés à Bucarest pour demander un renforcement du flanc oriental de l'Otan, à moins de trois semaines d'un sommet de l'Alliance à Madrid.

"Face aux risques accrus pour la sécurité en Roumanie et en mer Noire, consolider l'Otan sur son flanc Est (...) devient d'autant plus urgent et crucial", a déclaré le président roumain, Klaus Iohannis, en ouvrant la réunion co-présidée par son homologue polonais Andrzej Duda.