Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de nouveau félicité, vendredi, la décision d'octroyer à l'Ukraine le statut de candidat à l'Union européenne. "Réjouissons-nous au moins un peu. De façon modeste et tranquille, silencieusement, mais réjouissons-nous", a-t-il dit dans son message vidéo quotidien en soirée. Sur le terrain, l'heure n'est cependant guère aux réjouissances pour les forces de défense. L'Ukraine, dont les troupes sont en difficulté dans le Donbass, notamment après l'annonce du retrait vendredi de la ville de Severodonetsk, ne cesse de réclamer des armes à ses alliés pour contrer la puissance de frappe russe.

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"J'ai souligné la nécessité d'atteindre la parité de feu avec l'ennemi, ce qui nous permettra de stabiliser la situation dans la région la plus menacée de Lougansk", a déclaré le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valeriy Zaluzhnyi, en rendant compte sur sa page Facebook d'un entretien téléphonique avec son homologue américain, le général Mark Milley.

Moscou livrera à la Biélorussie des missiles capables de transporter des charges nucléaires

La Russie va livrer "dans les prochains mois" à la Biélorussie des missiles capables de transporter des charges nucléaires, a annoncé ce samedi en fin de journée Vladimir Poutine, alors qu'il recevait à Saint-Pétersbourg le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko. "Nous allons transférer à la Biélorussie des systèmes de missile tactique Iskander-M, qui peuvent utiliser des missiles balistiques ou de croisière, dans leurs versions conventionnelle et nucléaire", a déclaré le maître du Kremlin au début de son entretien retransmis par la télévision russe.

Des missiles tirés depuis à la Biélorussie

Plus tôt dans la journée, des missiles ont été tirés depuis la Biélorussie en direction de la région frontalière de Tcherniguiv, au nord-est de Kiev, a affirmé ce samedi l'armée ukrainienne. "Vers 05H00 heures du matin (02H00 GMT), la région de Tcherniguiv a subi un bombardement massif de missiles. Vingt roquettes ont visé le village de Desna, tirées depuis le territoire de la Biélorussie (et aussi) depuis les airs", a indiqué sur Facebook le commandement Nord des troupes ukrainiennes, précisant qu'"il n'y avait pas de victimes" à ce stade. "Une infrastructure a été touchée", a-t-il précisé, sans indiquer si elle était militaire ou non.

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"La frappe d'aujourd'hui est directement liée aux efforts du Kremlin pour attirer la Biélorussie dans la guerre en Ukraine en tant que co-bélligérant", a accusé, sur Telegram, la direction générale du renseignement ukrainien, rattachée au ministère de la Défense.

Severodonetsk "entièrement occupée" par l'armée russe

Théâtre de féroces combats féroces entre les armées ukrainienne et russe depuis plusieurs semaines, la ville de Severodonetsk, située dans le Donbass, est "entièrement occupée" par l'armée russe, a annoncé samedi son maire, Oleksandre Striouk. Selon l'édile, les civils ont commencé à sortir de l'usine Azot, où plusieurs centaines de personnes se sont réfugiées ces derniers jours pour éviter les bombardements. "Ces personnes ont vécu près de trois mois de leur vie dans des sous-sols, des abris. C'est difficile émotionnellement et physiologiquement", a-t-il indiqué, estimant qu'ils avaient désormais "besoin d'aide médicale et psychologique".

Dès vendredi, le gouverneur de la région de Lougansk, où se situe Severodonetsk, avait indiqué que les forces armées ukrainiennes avaient reçu l'ordre de se retirer de la ville. "Cela ne fait plus aucun sens de rester sur des positions qui ont été constamment bombardées depuis des mois [...]. Toutes les infrastructures essentielles ont été détruites. 90% de la ville est endommagée, 80% des maisons devront être détruites", avait-il reconnu.

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Ces bombardements massifs ont fini par faire céder les soldats ukrainiens, mais sans nécessairement changer fondamentalement la donne sur le terrain, selon des experts. "Les unités ukrainiennes sont épuisées, exsangues. Elles ont eu des pertes terribles avec des bataillons complètement neutralisés", explique ainsi un haut gradé français, sous couvert de l'anonymat, évoquant des unités de 300 ou 400 hommes dont il n'est resté qu'une vingtaine de valides.

Les Russes auraient tué des "mercenaires polonais"

"Jusqu'à 80 mercenaires polonais, 20 véhicules blindés de combat et huit lance-roquettes multiples Grad ont été détruits dans des frappes d'armes de haute précision sur l'usine de zinc Megatex, dans la localité de Konstantinovka", dans le Donbass (est de l'Ukraine), a assuré ce samedi le ministère russe de la Défense dans un communiqué. Le ministère polonais des Affaires étrangères a affirmé n'avoir, de son côté, aucune information sur le sujet.

Kiev s'attend à de nouvelles offensives à Lyssytchansk

Les forces ukrainiennes "sont en train d'opérer un retrait professionnel et tactique afin de consolider des positions qu'elles seront mieux à même de défendre", a également jugé un responsable américain au Pentagone, sous couvert d'anonymat. Kiev s'attend en effet désormais à de nouvelles offensives sur la ville de Lyssytchansk, voisine de Severodonetsk, quasiment encerclée par les forces russes, qui grignotent chaque jour un peu plus de territoire alentour.

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"La milice populaire de la République populaire de Lougansk et l'armée russe sont entrées dans la ville de Lyssytchansk", a déclaré, ce samedi sur Telegram, Andreï Marotchko, un représentant des séparatistes prorusses. Il a également affirmé que "certaines entreprises de la ville" avaient été "prises".

Mykolaïvka, ville située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Lyssytchansk, est aux mains de l'armée russe, a indiqué Serguiï Gaïdaï, ajoutant que ceux-ci tentaient désormais de "conquérir Guirské", une commune voisine. A l'entrée de Lyssytchansk, en partie privée d'eau, de gaz et d'électricité, des soldats creusaient des tranchées. Plus au sud, Pavlo Kyrylenko, le gouverneur de la région de Donetsk, l'autre province du Donbass, a dit jeudi à l'AFP que plus "aucune ville" de la zone n'était "sûre", les combats y étant trop violents.

"L'été sera chaud pour les occupants russes"

Jeudi, Kiev a annoncé l'arrivée des quatre premiers lance-roquettes américains Himars, des armes puissantes très attendues sur le terrain. "L'été sera chaud pour les occupants russes", a prédit le gouvernement ukrainien. Ces dernières semaines, les forces ukrainiennes sont repassées à l'offensive dans le sud pour tenter de reprendre des territoires perdus depuis l'invasion du 24 février. Et les attaques visant des responsables de l'occupation, dont plusieurs ont été blessés, se sont multipliées en parallèle dans la région de Kherson et celle voisine de Zaporijjia.

L'Allemagne accuse la Russie d'utiliser la faim "comme arme de guerre"

Sur le front diplomatique, l'Allemagne a accusé vendredi la Russie de prendre "le monde entier en otage" en utilisant la faim "comme arme de guerre". Ces propos ont été tenus à l'occasion d'une conférence à Berlin visant à trouver des "solutions" à la crise alimentaire provoquée par l'invasion russe. A partir de dimanche, en Allemagne, le G7 se retrouve pour discuter, entre autres, du soutien à l'Ukraine, avant un autre sommet, celui de l'Otan, prévu à partir de mardi et pendant deux jours, à Madrid (Espagne).