Les Nations unies auront rarement subi une telle humiliation. Au moment même où Antonio Guterres, le secrétaire général de l'organisation, se trouvait dans le bureau du Premier ministre ukrainien, à Kiev, le 28 avril, deux missiles russes s'abattaient sur la capitale. Par cette agression, Vladimir Poutine a prouvé qu'il n'avait aucun respect pour l'ONU, ni pour son chef, qui s'était rendu quelques jours plus tôt au Kremlin.
Marginalisée, la machine est à bout de souffle. En réalité, il n'y a rien à attendre de l'ONU pour résoudre ce type de conflits. " On se retrouve dans une situation comparable à celle de la guerre froide avec un recours permanent au veto ", constate Pierre Grosser, historien des relations internationales à Sciences po. La principale faiblesse des Nations unies saute aux yeux : son Conseil de sécurité est paralysé si l'un de ses cinq membres permanents - qui possède un droit de veto - se comporte en agresseur, comme le fait la Russie.
Il faut dire que l'ONU n'a pas été conçue pour parer à l'ahurissante situation actuelle. Mise sur pied à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, elle reposait sur un principe simple : il incombe aux grandes puissances de faire respecter la paix. Hormis un âge d'or dans les années 1990, à la suite de l'invasion du Koweït par l'Irak, la logique du rapport de force géostratégique a ensuite repris le dessus.
Le conseil de sécurité de l'ONU s'est transformé en théâtre d'affrontement entre deux blocs : les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni d'un côté ; la Chine et la Russie, de l'autre. Depuis dix ans, et la guerre en Syrie, Moscou a actionné 22 fois son veto - suivie 10 fois par Pékin.
Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que l'ONU ne puisse pas s'opposer militairement à la guerre en Ukraine. " Mais ce qui est plus inquiétant, c'est qu'elle n'ait pas pu jouer son rôle politique et qu'elle ne parvienne plus à faire respecter les règles humanitaires les plus élémentaires, comme l'évacuation des civils et des blessés selon le droit international ", pointe l'ancien ambassadeur Jean-Maurice Ripert.
A ces défauts institutionnels, s'ajoute une autre limite : la personnalité d'Antonio Guterres, trop timorée, n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Si le diplomate septuagénaire a rapidement condamné l'invasion russe, il a beaucoup trop tardé à se rendre à Kiev, alors que les crimes de guerre se multipliaient, et n'a pas fait grand-chose pour créer une percée diplomatique. Les temps ont changé, il faut repenser l'ONU. Et vite.
