L'Union européenne (UE) met à son tour en garde la Russie ce jeudi 13 octobre et prévient qu'elle ne se laissera pas faire. Selon le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, si Moscou décidait d'utiliser l'arme nucléaire, alors "l'armée russe sera anéantie". De son côté, la Russie a fustigé ce jeudi les propos "inacceptables" d'Emmanuel Macron qui a accusé la Russie, la veille sur France 2, de mener une "déstabilisation" du Caucase.
Sur le terrain, l'Ukraine continue d'engranger l'aide militaire de ses alliés occidentaux pour la défense du ciel face aux frappes russes qui se poursuivent, ce jeudi, alors que Moscou attend une offre de médiation de la part de la Turquie. Sur le front sud, dans la région de Kherson, l'une des quatre dont Moscou a revendiqué l'annexion, cinq nouvelles localités ont été reconquises, a indiqué mercredi la présidence ukrainienne. Cela constituerait un nouveau revers pour l'armée russe qui recule dans cette zone, comme dans le Nord-Est et l'est, depuis début septembre.
En cas de frappe nucléaire de Moscou, les Occidentaux "anéantiront" l'armée russe
Toute attaque nucléaire de la Russie contre l'Ukraine entraînera une réponse militaire des Occidentaux "si puissante que l'armée russe sera anéantie", a affirmé ce jeudi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
Le président russe Vladimir "Poutine dit qu'il ne bluffe pas avec la menace nucléaire. Il doit alors comprendre que les pays qui soutiennent l'Ukraine, l'Union européenne et ses Etats membres, les Etats-Unis et l'Otan, ne bluffent pas non plus. Toute attaque nucléaire contre l'Ukraine entraînera une réponse, pas une réponse nucléaire, mais une réponse militaire si puissante que l'armée russe sera anéantie", a-t-il déclaré devant le collège d'Europe à Bruges.
"Si la Russie utilise une arme nucléaire, quelle qu'elle soit, contre l'Ukraine, cela aura de graves conséquences", a souligné ensuite le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, à l'issue d'une réunion des ministres de la Défense de l'Alliance à laquelle a participé Josep Borrell. "La Russie le sait (...) Nous n'entrerons pas dans les détails de notre réponse, mais bien sûr cela changera fondamentalement la nature du conflit", a ajouté Jens Stoltenberg. "Toute utilisation d'armes nucléaires, même une petite arme, aura des conséquences et la Russie le sait", a-t-il encore affirmé. L'ancien président et numéro deux du Conseil de sécurité russe Dmitri Medvedev a assuré que Moscou défendrait les nouveaux territoires annexés "y compris avec les armes nucléaires stratégiques".
"Déstabilisation" du Caucase : Moscou fustige les propos "inacceptables" de Macron
La Russie a fustigé ce jeudi les propos "inacceptables" d'Emmanuel Macron qui a accusé Moscou de mener une "déstabilisation" du Caucase sur fond de conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan autour de l'enclave du Nagorny Karabakh. "Les déclarations d'Emmanuel Macron selon lesquelles la Russie se servirait du conflit au Nagorny Karabakh pour déstabiliser le Caucase du Sud sont révoltantes et absolument inacceptables", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
Mercredi, lors d'une interview sur France 2, le président français a affirmé : "La Russie s'est immiscée dans ce conflit, elle a manifestement joué le jeu de l'Azerbaïdjan avec une complicité turque et elle est revenue là pour affaiblir l'Arménie". "C'est une manoeuvre de déstabilisation de la Russie qui, dans le Caucase, cherche à créer le désordre pour tous nous affaiblir et nous diviser", a-t-il estimé.
Aux yeux de la diplomatie russe, ces "propos absurdes du président français prouvent que Paris n'a pas intérêt à établir une paix durable dans la région et mettent en doute la capacité de son pays à y jouer un rôle constructif". "A la différence de la France (...) la Russie a contribué de manière pratique au règlement du conflit", souligne le ministère.
L'Arménie, alliée de la Russie, et l'Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, se sont affrontés lors de deux guerres au cours des trois dernières décennies pour le contrôle du Nagorny Karabakh. Le conflit de 2020 s'était achevé via un cessez-le-feu et une médiation de la Russie, qui a déployé sur place un contingent de soldats de maintien de la paix. En septembre dernier, au moins 286 personnes ont été tuées dans de nouveaux affrontements à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Zelensky appelle à juger "chaque agresseur et boucher" devant le Conseil de l'Europe
Volodymyr Zelensky a appelé ce jeudi devant les parlementaires du Conseil de l'Europe à juger "chaque agresseur et boucher", réitérant son souhait d'un tribunal international contre Moscou, et il a réclamé à la France et à l'Italie des moyens de défense antiaériens.
"Il faut que la Russie soit reconnue comme Etat agresseur, et chaque assassin et boucher doit être traduit en justice pour les crimes perpétrés pendant cette guerre", a lancé le président ukrainien lors d'une allocution en visioconférence à l'occasion d'une session de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE).
"Il faut créer les mécanismes juridiques indispensables pour ce faire (...) Vous avez un rôle particulier pour créer un tribunal spécial pour traduire en justice la Russie et appliquer les principes de droit international", a encore lancé le président ukrainien. Celui-ci avait déjà formulé une demande analogue fin septembre devant les Nations unies, de création d'une juridiction pour juger le "crime d'agression" de la Russie contre l'Ukraine.
"Nouvelle ère de la défense aérienne"
Emmanuel Macron a promis à Kiev dans la soirée de mercredi "des radars, des systèmes et des missiles" antiaériens, sans préciser quand ils seraient livrés. Il a répété que la France travaillait avec le Danemark à l'envoi de six canons Caesar, en plus des 18 déjà livrés. Le Royaume-Uni a également annoncé ce jeudi qu'il fournirait à l'Ukraine des missiles de défense antiaérienne supplémentaires, notamment des munitions capables d'abattre des missiles de croisière. Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a salué "une nouvelle ère de la défense aérienne" avec l'arrivée du système "Iris-T d'Allemagne" et la livraison prochaine de "NASAMS américains".
La promesse occidentale de livraison d'armes intervient alors que l'Ukraine essuie depuis lundi des salves "massives" de missiles, roquettes et drones visant en particulier son infrastructure énergétique civile, en représailles à l'attaque à l'explosif qui a endommagé samedi le pont de Crimée et qui a été imputée par Moscou à Kiev. Mardi 11 octobre, en réunion virtuelle avec le G7, Volodymyr Zelensky avait réclamé de l'aide pour créer un "bouclier aérien", prévenant que Vladimir Poutine avait "encore les moyens d'une escalade". Dans le même temps, les 27 membres de l'Union européenne ont donné leur accord à l'organisation d'une mission militaire pour former les forces ukrainiennes dans plusieurs Etats membres.
Drones à Kiev, bombardements à Mykolaïv
Tôt ce jeudi matin, la Russie a frappé la capitale Kiev avec des drones de fabrication iranienne, a indiqué Kyrylo Timochenko, le chef de l'administration présidentielle ukrainienne. "Une autre attaque avec des drones kamikazes sur des infrastructures essentielles", a-t-il précisé sans plus de détails. Le maire de Mykolaïv, Oleksandr Senkevych, a quant à lui affirmé ce jeudi sur Telegram que cette ville du sud de l'Ukraine, déjà massivement pilonnée par l'armée russe, avait subi dans la nuit de "lourds bombardements", détruisant notamment les deux étages supérieurs d'un immeuble résidentiel de cinq étages.
Rencontre entre Poutine et Erdogan
Vladimir Poutine a proposé, ce jeudi, à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan de créer un "hub gazier" en Turquie pour exporter du gaz à l'Europe, au moment où les livraisons russes vers l'UE sont affectées par les sanctions et les fuites des gazoducs Nord Stream.
En marge d'un forum régional au Kazakhstan, le président russe a fait l'éloge de la Turquie, qui s'est avérée être "actuellement l'itinéraire le plus sûr pour les livraisons" de gaz russe. Un éventuel hub gazier en Turquie pourrait servir également "pour définir les prix" de ces hydrocarbures, "aujourd'hui exorbitants", selon Vladimir Poutine.
"Nous pourrions réglementer les prix sans qu'aucune politique ne se mêle de ça", a-t-il souligné. L'éventualité d'une médiation turque dans le conflit en Ukraine n'a pas été évoquée au début de cette rencontre. Le Kremlin avait indiqué mercredi s'attendre à une proposition concrète du président turc sur cette proposition.
