"Toute la région de Kiev a été libérée de l'envahisseur", c'est par ces mots teintés d'un immense soulagement et d'une grande fierté que la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Hanna Maliar, a, sur son compte Facebook, annoncé une nouvelle que les Ukrainiens attendaient. Les troupes russes se retirent rapidement de villes-clés situées près de la capitale et au nord du pays, afin de se redéployer vers l'Est et le Sud. Pourquoi une telle décision de la part des forces de Poutine ? Cela marque-t-il le début de la fin de cette guerre ?

"Les Russes ont compris qu'ils ne pouvaient plus agir sur plusieurs fronts en même temps", explique à L'Express Galia Ackerman, historienne spécialiste de la Russie post-soviétique. "Leur perception de la réalité était mauvaise, l'Ukraine n'est pas tombée comme un fruit mûr et la conquête ne peut dorénavant se faire qu'un territoire après l'autre".

Conquérir l'Est et le Sud, nouvel objectif affiché

Garder le contrôle des territoires occupés et étendre sa zone de conquête à l'Est et au Sud, telle semble donc être la nouvelle stratégie de Moscou. Ainsi, les Russes devraient concentrer leurs forces sur les villes de Marioupol, de Mikolaïv et d'Odessa, afin d'assurer une continuité territoriale avec la région du Donbass et couper l'accès de l'Ukraine à la mer d'Azov et à la mer Noire.

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"On revient à cette idée d'une "Russie nouvelle", fantasmée après l'annexion de la Crimée en 2014 et qui consiste, entre autres, à conquérir toute la région du Donbass", note Galia Ackerman. Cette "tactique prioritaire", selon les mots de Mykhaïlo Podoliak, conseiller du président ukrainien, est inacceptable pour l'Ukraine puisqu'elle l'amputerait d'environ 40% de son territoire.

Étendre ses positions dans le Donbass et au sud de l'Ukraine renforcerait la Russie lors des pourparlers de paix, que le Kremlin semble disposé à faire avancer, ayant même accepté "oralement" les termes proposés par le gouvernement ukrainien pour mettre fin à la guerre. Mais la créatrice du site "Desk Russie" tempère un éventuel optimisme : "Ce que la Russie a conquis depuis le début de la guerre constitue pour elle ses nouvelles frontières, or le président Zelensky ne semble même pas avoir l'intention de reconnaître la perte de la Crimée". Un accord de paix à court terme reste donc très improbable.

De potentiels crimes de guerre avant de se retirer

Le repositionnement des forces russes n'indique en rien que les bombardements vont cesser sur les villes libérées ou que d'autres attaques n'y seront pas menées plus tard. Le soulagement des populations se mêle donc à la prudence, d'autant que des crimes de guerre auraient été commis par les soldats russes avant leur départ. Les localités d'Irpin, de Boutcha et de Gostomel font part de la présence de dizaines de cadavres de civils jonchant les routes. Certaines victimes, comme à Irpin, avaient les mains liées dans le dos, le propre d'une exécution.

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À Boutcha, au nord-ouest de Kiev, près de 300 personnes ont dû être enterrées "dans des fosses communes", raconte le maire Anatoly Fedorouk. "Toutes ces personnes ont été abattues, tuées d'une balle à l'arrière de la tête", assure-t-il. "On ne sait pas si Poutine leur a demandé de se comporter comme ça, en tout cas il ne leur a pas dit ne pas le faire", indique Galia Ackerman. "C'est dans la lignée du comportement ignoble de l'armée russe depuis le début de l'invasion."

Vengeance de soldats ou ordre du Kremlin, le gouvernement ukrainien a dénoncé ce dimanche 3 avril un "massacre délibéré", comme un nouveau fait accablant pour la Russie dans l'enquête que mène depuis le 2 mars la Cour pénale internationale sur les crimes de guerre qu'aurait commis l'armée russe en territoire ukrainien. Sur le terrain de l'horreur, le retrait n'est pas à l'ordre du jour.