Une longue allée d'à peine quelques mètres de large, encadrée de stands bigarrés tenus par des individus souriants à gilets jaune fluo, où l'on peut trouver des produits de première nécessité, de vieilles valises, des jus, des sourires ou de la nourriture pour animaux de compagnie. Voilà ce que découvrent les réfugiés ukrainiens à Medyka, en franchissant la frontière polonaise, une fois leur passeport tamponné. Depuis le début de l'invasion russe, ce chemin pavé est devenu la principale porte d'entrée vers l'Europe de ceux qui fuient la guerre.

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Pressés d'avancer vers leur destination, pas sûr qu'ils voient l'ambiance particulière qui règne ici, généreuse et foutraque. Le premier stand où ils peuvent recevoir de la nourriture est tenu ce midi-là par Michael. Cet Américain de 64 ans, venu de Washington, a pris une semaine de congés pour participer, à ses frais, à la distribution de repas avec l'ONG World Central Kitchen. "Je ne voulais pas rester les bras croisés ou seulement donner de l'argent, explique-t-il. Je repars jeudi, car je dois reprendre mon travail de manager dans la finance."

Sikhs, Canadiens, Israéliens, Espagnols... Ils sont nombreux, comme lui, à avoir ressenti le besoin de venir prêter main-forte aux Ukrainiens en tant que volontaires. Quelques mètres plus loin, James Clayton sert du café au stand d'une fondation écossaise, Siobhan's Trust. "Je faisais du tourisme en Bosnie quand la Russie a envahi l'Ukraine, cela fait deux semaines que je suis ici, raconte ce garde forestier australien. Je dors dans une caravane près du campement et je repartirai au bout d'un mois."

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Les Français ne sont pas en reste. Un collectif s'est formé sur le tas, grâce à la détermination d'un entrepreneur Bordelais de 49 ans. Lilian Boulard est parti sur un coup de tête, au déclenchement de la guerre, la voiture remplie de produits pour bébés - lait en poudre, couches, etc. Les dons lui ont permis de faire grandir son stand au fil des semaines. "Au fond de la tente on a installé des lits de camp et des lits bébés pour les familles ukrainiennes qui ont un besoin urgent de se reposer", montre-t-il avec fierté.

Une association veut "détruire le Parti communiste chinois"

On trouve également des tentes financées par une organisation sikh, ou encore des installations des Sauveteurs sans frontières, où les réfugiés peuvent recevoir des soins, se reposer et manger. Certaines d'entre elles ont de quoi surprendre, comme celles installées par une association américaine se présentant comme le "Nouvel Etat fédéral de Chine" et qui se donne pour objectif de "détruire le Parti communiste chinois". Arrivés les derniers à Medyka, ils sont relégués en périphérie.

ONG et volontaires prodiguent nourriture et biens aux réfugiés ukrainiens qui passent la frontière polonaise, à Medyka.

ONG et volontaires prodiguent nourriture et biens aux réfugiés ukrainiens qui passent la frontière polonaise, à Medyka.

© / L'Express

Dans ce camp de fortune se croisent ceux qui quittent l'Ukraine et ceux qui y retournent, comme cette femme avec son bébé dans un landau, accompagnée de sa propre mère. "Nous vivons dans l'ouest du pays, où il n'y a pas la guerre", expliquent-elles, alors que l'armée russe s'est retirée de la région de Kiev et concentre ses forces vers le Donbass. Comme elles, environ 500 000 personnes ont déjà pris le chemin du retour. Mais si ce flux est en hausse, il est moins important que celui des arrivées, assurent les volontaires.

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Dans l'autre sens, justement, Anastasia tient son nourrisson dans une couverture. "Il s'appelle Matviey, il est né au deuxième jour de la guerre. Nous venons d'arriver de Kharkiv par un train et nous allons jusqu'à Varsovie, où de la famille installée en Lituanie va venir nous chercher", détaille la grand-mère, avant de faire monter les trois générations dans un bus direction Przemysl, à une dizaine de kilomètres dans les terres, là où est situé le véritable "hub" des réfugiés.

Ce centre d'accueil a été installé dans un ancien supermarché, où l'on trouve des repas chauds et des lits de camp pour se reposer quelques heures ou une nuit entière. Sur différents stands s'organisent des convois pour rejoindre des villes polonaises et la plupart des pays européens. Le lieu est supervisé par la ville, précise-t-on à la mairie : "Nous veillons à ce que les convois qui se forment soient bien enregistrés et sûrs pour les réfugiés." Une mission assurée, là encore, par des volontaires venus de Pologne et d'ailleurs.