Voilà un personnage que Boris Johnson se serait bien passé de connaître. Alors que le Premier ministre espérait passer sans accrocs ni efforts ses dernières semaines à la tête du Royaume-Uni, il est confronté à un mouvement de grève qui paralyse le pays. Dockers, cheminots, postiers et de nombreux autres salariés du secteur des transports sont en grève cet été, ils réclament une augmentation des salaires afin d'affronter l'inflation qui se hisse à des niveaux records. Elle a atteint 10,1% en juillet et pourrait monter jusqu'à 13%, soit le plus haut niveau depuis près de trente ans.
Dans ce contexte économique fragile où la guerre en Ukraine joue une part considérable, le prix de l'énergie explose. Un mouvement de citoyens appelle d'ailleurs à ne plus régler les factures d'électricité dès le 1er octobre. Le gouvernement ayant choisi de ne pas mettre en place ni bouclier tarifaire, ni ristourne sur le litre de carburant, les foyers souffrent. La crise sociale est amenée à durer. Depuis jeudi, le métro de Londres est quasiment à l'arrêt, les services postaux ou encore les ports sont confrontés à des débrayages massifs. Les grévistes réclament une indexation de leurs revenus sur l'inflation. Des revendications portant sur la pérennité des emplois, du régime de retraite et des conditions de travail s'élèvent également dans les rangs des représentants syndicaux des transports publics lourdement frappés par la crise du Covid-19.
Star des écrans
Un homme s'est imposé comme le porte-voix de la colère : Mick Lynch est le secrétaire général du syndicat Rail Maritime and Transport (RTM). En quelques semaines, il est passé de l'ombre des réunions ministérielles et des dialogues de branches à la lumière des plateaux de télévision; déclenchant un fort mouvement de sympathie sur les réseaux sociaux. En direct des piquets de grève, il s'est invité sur tous les plateaux des chaines d'information tenant tête aux éditorialistes et répondant avec mordant aux journalistes. Il relaie avec abnégation les revendications de ses collègues : de meilleures conditions de travail, une meilleure protection et surtout la revalorisation des salaires.
Son phrasé lui permet de renvoyer dans les cordes présentateurs et adversaires politiques. Il lui a même permis d'attirer l'attention de l'interprète de la série "Docteur House", véritable star outre-manche. "Je n'en sais pas suffisamment sur les raisons de la grève, mais je constate que Mick Lynch a fait un sort à tous les journalistes qui ont tenté leur chance aujourd'hui", a tweeté l'acteur Hugh Laurie, fin juin. L'homme au crâne rasé et au discours piquant s'est imposé comme la figure du mouvement syndical capable de mobiliser à l'échelle nationale. Le quotidien conservateur Daily Mail, plutôt acquis à la cause du camp de Boris Johnson, a qualifié Lynch d'"homme le plus détesté du Royaume-Uni". L'éditorial traduit la nervosité dans les rangs conservateurs, à quelques jours d'une transition politique, contrariés par le mouvement social qui s'éternise.
La figure de Lynch s'immisce dans la bataille entre les deux candidats à la succession de Boris Johnson. La favorite dans la course au pouvoir, Liz Truss, a ressorti ses habits tchatériens. "En tant que Premier ministre, je ne laisserai pas notre pays être rançonné par des syndicalistes militants", a-t-elle déclaré dans un tweet promettant de réprimer durement les mouvements de grève.
Son adversaire, Rishi Sunak, dont le programme repose en grande partie sur la promesse de "remettre de l'argent dans la poche des travailleurs britanniques", s'est montré plus discret. Hésitant sur la manière d'appréhender le mouvement, il s'est toutefois distingué en se disant favorable au bannissement du droit de grève pour les salariés des services publics dits essentiels. Peu enclins au dialogue social, le ou la future Première ministre devra toutefois compter sur Mick Lynch, personnage désormais incontournable dans le paysage politico-médiatique britannique.
