Boris Johnson a prévenu qu'il serait intraitable. Les syndicats, eux, lui ont promis un petit (re)tour dans les années 1970, synonymes de grèves illimitées et d'inflation rampante. La Grande-Bretagne fait face à la plus grande grève des transports depuis trente ans. En cause, l'arrivée massive de la technologie et la perte de 1800 emplois dans le rail. Chacun campe sur sa position dans cette "guerre de tranchées" revendiquée par le syndicat national du rail, qui a déjà réussi à revaloriser les salaires de 7% et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.
De son côté, le gouvernement Johnson craint, s'il cède trop de terrain, que d'autres secteurs suivent le mouvement, plombant une économie fortement touchée par l'inflation (9,1% en mai). Les premiers jours de grève auraient coûté un milliard d'euros.
Curieusement, ces grèves ne sont pas une bonne nouvelle pour le parti travailliste, fortement divisé sur la question. Keir Starmer, son leader, a ordonné à ses députés de ne pas apparaître aux côtés des grévistes, mais la tentation a été trop forte pour la jeune garde, nourrie des récits épiques des grèves des années 1970 et nostalgiques d'un temps qu'ils n'ont pas connu. La numéro 2 du parti, Angela Rayner, née en 1980, a apporté son soutien aux cheminots. Keir Starmer, né dix-huit ans plus tôt, se souvient, lui, que cette décennie de grèves a abouti aux années Thatcher et épuisé l'opinion publique. Un sondage montre cette coupure générationnelle : près de 1 jeune sur 2 les soutient, alors que 66% des plus de 65 ans s'y opposent. Furieux, le ministre des Transports, Grant Shapps, a averti les syndicats qu'il n'y aurait "ni thé ni biscuits" pour les accueillir. Comprenez, les syndicats ne sont pas près d'être reçus à Downing Street.
