Syriza ne va pas sortir indemne de la mise sous tutelle de la Grèce par ses créanciers en échange du vote en faveur de trois plans d'aide.
Le Parlement grec a entériné, ce vendredi, l'accord pour une nouvelle aide de 85 milliards d'euros sur trois ans à la Grèce, avant un Eurogroupe (réunion des ministres des Finances de la zone euro) prévu à Bruxelles dans la journée.
32 députés Syriza ont voté contre le troisième plan d'aide ce vendredi, et 11 se sont abstenus, tandis que trois autres ont voté oui sur le texte général et non sur des mesures particulières. Un nombre d'abstentions en hausse par rapport aux deux précédents votes sur le plan d'aide, les 15 et 22 juillet. Et un nouveau pas vers la scission de Syriza.
Un mouvement national anti-austérité, prélude à une scission
Jeudi, l'ancien ministre de l'Energie Panagiotis Lafazanis a appelé à la création d'un mouvement national anti-austérité. Le gouvernement a aussitôt regretté que l'ex-ministre n'attende pas le congrès extraordinaire du parti, prévu en septembre. Si l'aile gauche du parti a tant tardé à couper les ponts, c'est parce qu'elle est consciente de son faible poids dans l'électorat. Guère plus de 5%.
Leader de la Plateforme de gauche de Syriza, Panagiotis Lafazanis est partisan du retour à la drachme. Il s'est allié pour l'occasion avec le petit parti d'extrême gauche Antarsya et et des personnalités de douze autres organisations de la gauche radicale grecque. "Lafazanis pourrait parvenir à rassembler 35 à 40 députés autour de lui, estime l'écrivain et éditorialiste Nikos Dimou*. Mais tous ceux qui ont voté non ou se sont abstenus ne le rejoindront pas forcément. Ancien du Parti commmuniste grec, Panagiotis Lafazanis est un puriste".
Dans le même temps, Zoé Konstantopoulou, la présidente du Parlement, elle aussi hostile à l'accord, a mené une véritable guérilla de procédure pour tenter de retarder le vote, jeudi et vendredi. Elle a annoncé qu'elle "ne soutiendrait plus" le Premier ministre Alexis Tsipras "qui a rejoint la cohorte de ses prédécesseurs ayant accepté les mémorandums, en jetant ses camarades aux chiens". Pour autant, ses intentions pour la suite ne sont pas claires, contrairement à celles de Panagiotis Lafazanis.
L'ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, pour sa part, disait jusqu'à présent continuer à soutenir Alexis Tsipras, en dépit de son vote négatif. "Varoufakis est un cavalier solitaire. Il ne se rangera pas derrière Lafazanis. En cas de scission et dans la perspectives de nouvelles élections, il est probable qu'il se retire au moins provisoirement, de la vie politique, avance Nikos Dimou et guette le moment propice pour revenir".
Motion de censure et législatives anticipées
La scission pourrait se concrétiser après le 20 août, après le vote de confiance que le Premier ministre devrait convoquer, maintenant que le gouvernement a perdu le soutien au sein de son propre groupe parlementaire. Il devrait ensuite d'annoncer de nouvelles élections, probablement pour la fin du mois de septembre. Le gouvernement s'appuie sur la conviction que le "non" exprimé par une large majorité de Grecs le 5 juillet lors du référendum sur les propositions précédentes des créanciers du pays, n'était en pas un mandat pour sortir de l'euro.
La sévère crise économique et politique que traverse la Grèce rend impossible toute conjecture sur le résultat des élections anticipées. Toujours très populaire dans les derniers sondages au début de l'été, Alexis Tsipras, a intérêt, selon ses opposants de gauche, à précipiter les élections avant que l'impact concret des nouvelles mesures d'austérité ne commence à se faire sentir, mais aussi pour ne pas leur laisser le temps de s'organiser. Tsipras bénéficie d'un atout majeur, estime de son côté Nikos Dimou. "Il n'a pas d'opposition. Personne d'autre n'est doté ne serait-ce que d'un dixième de son charisme."
Nikos Dimou est l'auteur de Du malheur d'être Grec, Payot, 2012.