Presque une décennie après le début de la crise de la dette, la colère contre les vieux partis s'est apaisée en Grèce. Ce dimanche, un succès lors des législatives anticipées tend les bras à l'opposition de droite. Les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) comptent, avant le vote, une dizaine de points d'avance dans les sondages sur Syriza, le mouvement de gauche d'Alexis Tsipras, Premier ministre depuis 2015.

Fin mai et début juin, ND a enchaîné les victoires lors des élections européennes, municipales et régionales - la Crète est la seule des 13 régions à lui avoir échappé. C'est pour tenter de sauver les meubles qu'Alexis Tsipras a avancé un scrutin général prévu en octobre. Cette tentative de la dernière chance ne semble pas en mesure de freiner le retour au pouvoir de la Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis.

Celui-ci n'a pas de mots assez durs contre ses adversaires de Syriza, qu'il décrit comme "des menteurs et des incapables", en particulier sur les questions économiques. En 2015, Alexis Tsipras avait promis de mettre fin à l'austérité et obtenu l'appui de la population par référendum. Sous la pression de Bruxelles et des autres leaders européens, toutefois, il a dû renoncer à appliquer son programme de gauche radicale. La sortie du pays de la zone euro a été évitée. Mieux, l'économie grecque s'est rétablie.

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Depuis août 2018, la Grèce est sortie du programme imposé par ses créanciers, après avoir renoué avec la croissance l'année précédente. Malgré un excédent budgétaire sur les trois dernières années, le pays reste sous la surveillance de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Si le taux de chômage est passé de 26 % en 2015 à 18,5 %, il reste le plus élevé de la zone euro.

Afin de financer les programmes en faveur des plus démunis, Alexis Tsipras n'a pas hésité à imposer davantage la classe moyenne. A celle-ci, Kyriakos Mitsotakis fait désormais miroiter des baisses d'impôts. Il érige par ailleurs la sécurité publique en priorité. L'ancien banquier surfe aussi sur le nationalisme suscité par l'accord sur le nouveau nom de la petite République voisine, la Macédoine du Nord.

Le Premier ministre Alexis Tsipras s'exprimant à l'issue des élections européennes, le 26 mai à Athènes : après le revers cuisant de son parti de gauche à ce scrutin, il a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées en Grèce fin juin.

Alexis Tsipras, le 26 mai à Athènes.

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Après une parenthèse de quelques années, la Grèce semble sur le point de renouer avec ces grandes dynasties qui structurent son échiquier politique. A 51 ans, Kyriakos Mitsotakis, diplômé de l'université Harvard, marche dans les traces de son père. Grande figure politique de l'après-guerre et neveu d'Elefthérios Venizélos, considéré comme le fondateur de la Grèce moderne, Constantin Mitsotakis a dirigé le gouvernement de 1990 à 1993. Quant à la soeur de Kyriakos, Dora Bakoyannis, elle a été la première édile d'Athènes de 2003 à 2006, avant d'officier comme ministre des Affaires étrangères. Et le fils de celle-ci, Costas, âgé de 41 ans, vient d'être élu maire de la capitale, seize ans après sa mère, avec 65 % des voix.

Avant les Mitsotakis, une autre dynastie, les Karamanlis, a déjà donné deux Premiers ministres à Nouvelle Démocratie. Les socialistes du Pasok ont fait mieux : trois générations de Papandréou ont dirigé le gouvernement. A la différence de ND, cependant, le Pasok s'est effondré lors des élections de janvier 2015, obtenant moins de 5 % des voix. Tenu pour responsable de la crise, le parti a, depuis, adopté un nouveau nom, Kinal, et terminé en troisième position lors des élections européennes, avec 8 %. Crédité d'une vingtaine de sièges, il a promis de soutenir la droite et non Syriza.