Le Premier ministre grec sortant Alexis Tsipras, vainqueur des législatives en Grèce avec son parti de gauche radicale Syriza, devrait former dès ce lundi un gouvernement de coalition. Au terme des élections, il devrait former une coalition avec la droite souverainiste, en se débarrassant complètement de l'aile gauche de son parti.
Les projections donnent ainsi 145 sièges à Syriza et 10 aux Grecs indépendants de l'ANEL (contre 149 et 13 dans le Parlement sortant), soit 155 sur 300 dans le nouveau Parlement. Sur 90% des bulletins dépouillés, Syriza était crédité de 35,53% des voix contre 28,05% au parti de droite Nouvelle Démocratie (ND), dirigé par Vangelis Meïmarakis. Par ailleurs, à la faveur de la crise des migrants, le parti néonazi Aube dorée semblait, selon les résultats partiels, conforter sa place de troisième parti du pays, avec 6,96% et 18 députés (un supplémentaire).
La carpe et le lapin, épisode 2
Tsipras va donc reconstituer exactement la même alliance que lors de son premier mandat, souvent décrit par les analystes comme l'alliance de la carpe et du lapin, avec l'ANEL, un parti de droite souverainiste dont la plupart des sondages prédisaient qu'il n'accéderait pas au parlement. Les autres aspirants à entrer dans une coalition, le parti centriste To Potami ("la Rivière"), créé en 2014 par un ancien journaliste de télévision, Stavros Theodorakis, et le Pasok, le parti socialiste autrefois puissant, ont pris acte qu'Alexis Tsipras n'avait pas besoin d'eux, et se sont déclarés dans l'opposition.
Ce gouvernement sera chargé de mettre en oeuvre le difficile plan d'aide accepté à contre-coeur en juillet. "Dès demain, nous nous retroussons les manches pour travailler dur", a lancé dimanche soir Alexis Tsipras à ses sympathisants au centre d'Athènes, après avoir ramené aisément Syriza au pouvoiri.
La même alliance que pour son premier mandat
Alexis Tsipras devrait être nommé Premier ministre alors que les créanciers souhaitent voir son gouvernement rapidement opérationnel pour appliquer l'accord de réformes et de mesures budgétaires conclu cet été. Le patron de l'Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro Jeroen Dijsselbloem s'est d'ailleurs fendu d'un tweet de félicitations au futur chef de l'exécutif, ajoutant attendre la "formation rapide d'un nouveau gouvernement" pour "continuer le processus de réforme".
Malgré une forte abstention (autour de 44%), les Grecs ont donc donné une deuxième chance à celui qui avait fait le pari de démissionner en août après avoir perdu sa majorité au Parlement, en espérant obtenir un nouveau mandat plus solide.
Les frondeurs de Syriza hors jeu
Les résultats de ces élections prouvent surtout qu'Unité populaire, qui rassemble les députés dissidents du Syriza, n'a pas réussi à trouver assez d'électeurs pour entrer au parlement. Ces frondeurs étaient opposés à l'accord européen du 13 juillet. "Je ne comprends pas, s'interroge à haute voix Kostas, 19 ans, je pense que les gens ont eu peur car tout le monde est opposé à ces nouvelles mesures qui vont désintégrer la société". Alexis Tsipras est ainsi débarrassé de personnalités aussi fortes que l'ancien ministre de l'Energie Panayiotis Lafazanis, favorable à un retour à la drachme, ou l'ex-présidente du Parlement, Zoé Konstantopoulou, qui prônait de ne pas rembourser la dette du pays.
Dès l'annonce des premiers résultats, Alexis Tsipras s'est entretenu au téléphone avec Martin Schulz, le président du Parlement européen, François Hollande et le chancelier autrichien Werner Faymann. Le président français a même annoncé une visite à Athènes "sans doute dans les prochaines semaines".
Cette nouvelle victoire sera aussi surveillée de près en Espagne, au Portugal et en Irlande, très touchés par la crise et où se déroulent d'importantes élections dans les prochains mois. "Les Grecs ont dit très clairement qui ils veulent comme Premier ministre", a twitté le secrétaire général du parti espagnol de gauche anti-libérale Podemos, Pablo Iglesias, félicitant son "ami" Alexis Tsipras. Il avait partagé la tribune de son dernier meeting de campagne vendredi à Athènes.
