Trop, c'est trop. Au lendemain du rappel de l'ambassadeur français en Italie, résultat de mois de tensions entre Rome et Paris, le gouvernement justifie sa décision choc. Invité sur Europe 1, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a évoqué un rappel pour "consultation" visant à "marquer le coup", et la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau a lancé sur Radio Classique que "la récréation, c'est fini".

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La France a agi jeudi en réaction à la dernière provocation de l'exécutif italien, point d'orgue d'une série d'attaques contre Emmanuel Macron et autres marques de soutien au mouvement social en cours : la venue en France mardi du vice-Premier ministre Luigi Di Maio pour rencontrer des gilets jaunes, dont un de leurs délégués, Christophe Chalençon.

"La bienséance, la courtoisie la plus élémentaire veut qu'on prévienne le gouvernement" quand un ministre se rend dans un pays voisin, a déclaré Benjamin Griveaux ce vendredi. "On a rappelé notre ambassadeur pour avoir une consultation. Ce n'est pas un rappel permanent, mais il était important de marquer le coup parce que l'Italie est un allié historique de la France et c'est aussi un des pays fondateurs de l'Union", a-t-il expliqué.

Une "ingérence malvenue"

Alors que les deux chefs politiques du gouvernement populiste italien, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, se sont déclarés "disponibles" pour dialoguer avec le gouvernement français, Benjamin Griveaux a noté que "le dialogue n'a jamais été rompu", ces deux ministres étant "assis autour de la table avec les ministres français lors des conseils" européens. Et "il y a un chef du gouvernement en Italie, c'est [Giuseppe] Conte", qu'Emmanuel Macron a "déjà rencontré à plusieurs reprises", a souligné le porte-parole du gouvernement sur Europe 1.

Sur l'antenne de Radio Classique, la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau a, elle, assuré qu'"il ne s'agit pas de dramatisation, il s'agit de dire la récréation, c'est fini".

"Un membre d'un gouvernement étranger qui vient en France soutenir même pas un leader politique mais quelqu'un qui a appelé à la guerre civile, quelqu'un qui a appelé au renversement du président et à un gouvernement militaire, ça n'est jamais arrivé", a-t-elle souligné. Pour elle, il s'agit d'"une ingérence malvenue, d'un geste inamical de gens qui sont censés être des gouvernants, dont la priorité doit être les intérêts des Italiens".

La France a "nommé les choses"

Interrogé pour savoir si la France n'avait pas elle aussi contribué à la crise avec des "attaques frontales" via certaines phrases notamment d'Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux a assuré que ce n'était "pas une attaque frontale". "S'ils se sont sentis visés, c'est leur affaire. Les petites phrases de Luigi Di Maio et Matteo Salvini n'ont pas empêché l'Italie d'entrer en récession économique [...] Nous, on ne fait pas de petites phrases".

A la même question, Nathalie Loiseau a rétorqué que "nous, nous avons nommé les choses. Malheureusement ce qui se passe en ce moment nous donne raison". "Quand nous avons dit que les nationalismes en Europe, sans citer particulièrement un pays ou un autre, c'était une agrégation d'intérêts catégoriels nationaux qui ne créaient jamais de solution mais qui envenimaient les problèmes, je constate qu'Emmanuel Macron avait raison de le dénoncer", a-t-elle estimé.