"Vous êtes Mme Macron ?" lance une petite bonne femme centenaire, des étoiles plein les yeux, à Angela Merkel. "Chancelière Allemagne" lui glisse - en français - la dirigeante, penaude. Dans la foule des commémorations de l'armistice, ce 11 novembre 2018, la méprise prête à sourire. Après tout, Angela Merkel a pratiquement le même âge que l'épouse du président. Et la presse ne parle-t-elle pas, depuis des mois, des hauts et des bas de la romance "Merkron" ? L'eau et le feu ; la prudence et l'impatience. Tout semblait opposer la conservatrice Merkel au disruptif Macron. Mais, en coulisses, chacun voue à l'autre admiration et respect. Lui pour la longévité au pouvoir de "Mutti" ("maman", le surnom de la chancelière), elle pour l'audace du dynamiteur de la politique française.

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A la Sorbonne, le faux pas de Macron

Les premiers rendez-vous sont prometteurs, les quotidiens allemands s'enthousiasment pour la complicité du couple "M&M". Mais Emmanuel Macron est un homme pressé. Son manifeste pour la relance du projet européen, le 26 septembre 2017 à la Sorbonne, est considéré outre-Rhin comme un faux pas. Trop d'ambition, trop vite. Et surtout au pire moment pour Merkel, qui sort affaiblie des législatives et peine à former une coalition.

Sur le fond, l'appel à une intégration accrue de la zone euro fait grincer des dents à Berlin. Mais L'Europe est ainsi faite qu'Angela Merkel et Emmanuel Macron n'ont d'autre choix que de s'entendre. "Il n'y a pas d'échappatoire à cette coopération entre la France et l'Allemagne, les deux plus grandes puissances européennes, voisins immédiats", analyse l'historienne Hélène Miard-Delacroix.

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Leur modus vivendi ? Un subtil partage des rôles. "Emmanuel Macron dit en dièse ce que Merkel dit en bémol, mais ils jouent la même partition", assure Nathalie Loiseau, eurodéputé et ex-ministre chargée des Affaires européennes. Il y a bien quelques agacements entre le bad cop français et la good cop allemande. "Je comprends que vous souhaitiez une politique disruptive, mais j'en ai assez de ramasser les morceaux", se plaint un jour Merkel. Mais le couple tient. C'est même dans les crises qu'il va se révéler. Face au Brexit, à l'hostile administration Trump... mais, surtout, au Covid-19. Si Emmanuel Macron s'est, aux dires de Nathalie Loiseau, "beaucoup inspiré de la méthode Merkel" en dialoguant avec tous les pays européens, le président français semblait, cette fois, avoir convaincu son homologue de briser le tabou ultime en Allemagne : la mutualisation de la dette pour financer le plan de relance à 750 milliards d'euros. A l'aube de sa retraite, Merkel emporte avec elle un peu de Macron.