Les mairies de Rome, Naples, Milan, Turin et Bologne sont donc maintenant gouvernées par la gauche. Après des années de punition électorale, le parti démocrate et ses alliés ont repris la main sur les plus grandes villes de la péninsule, en arrachant Rome et Turin au Mouvement Cinq Etoiles. Leurs candidats ont été élus sans peine - soit au premier tour (3 et 4 octobre), soit au second (17 et 18 octobre), avec un écart de 20 points sur leurs adversaires.
Dans le reste du pays, c'est encore le parti démocrate qui affiche les meilleurs résultats. Peut-on pour autant parler de grand retour de la gauche ? C'est "une victoire triomphale, mais nous ne devons pas nous monter la tête, ce sont des élections administratives. Les élections politiques sont autre chose", tempère le nouveau secrétaire du parti démocrate, Enrico Letta.
Désormais mené par l'ancien premier ministre Giuseppe Conte, le Mouvement 5 Etoiles est le grand perdant du scrutin. Il ne lui reste que quelques rares édiles locaux, dans des municipalités d'importance mineure. "L'époque des 5 Etoiles est révolue. Le souverainisme ne paie plus et le populisme des Grillini [militants de Beppe Grillo, ndlr] peut être battu", clamait l'ancien chef du gouvernement, Matteo Renzi. En privilégiant des maires clairement étiquetés à droite et à gauche, les Italiens ont choisi de revenir au bipolarisme qui prévalait avant le coup de force de Beppe Grillo en 2018.
Règlements de compte en vue
A droite, seule Forza Italia tire à peu près son épingle du jeu, en se maintenant à Trieste. La Ligue et Fratelli d'Italia (extrême-droite) n'emportent aucune grande ville. Des règlements de compte sont donc prévisibles tant au sein de la coalition que des partis. Matteo Salvini a perdu des votes et va devoir s'expliquer face aux gouverneurs de région du Nord. Plus solide dans son camp, Giorgia Meloni doit encaisser la débâcle de son candidat à Rome, même si elle tente d'en partager la responsabilité : "Les trois positions différentes de nos partis ont désorientés nos électeurs", se défend la romaine restée dans l'opposition au gouvernement Draghi, alors que Salvini en fait partie, mais avec des signaux contradictoires, et que Berlusconi en est un fervent soutien !
Électeurs de droite désorientés
À la fois avec et contre le pouvoir national, les droites ont aussi pâti de la faiblesse de leurs candidats, peu connus, souvent issus de la société civile et manquant d'expérience, comme à Milan ou à Rome. Dans une Italie encore traumatisée par le Covid, Matteo Salvini s'est-il fourvoyé en contestant le bien-fondé du passe sanitaire obligatoire sur les lieux du travail ? "Les électeurs de droite sont mécontents et désorientés par certains choix des partis, estime Donatella Della Porta, professeure de sciences politiques à l'Ecole Normale de Pise. Par exemple, la Ligue a surévalué le poids électoral des anti-vaccins et anti-passes sanitaires - en fait très limité."
Triomphe modeste
Si la gauche sort requinquée de ces élections et qu'une guerre des chefs s'annonce à droite, le premier enseignement de ce scrutin n'en reste pas moins la distance croissante entre les électeurs et les partis. Même à Rome, plus dégradée que jamais après des années d'incurie, le taux d'abstention a grimpé à 60%. Dans l'ensemble du pays, "12 millions de votants étaient appelés aux urnes et 6 millions ont voté, rappelle Alessandra Ghisleri, directrice de l'institut Euromedia research. Aux élections législatives, il y a plus de 50 millions d'électeurs. Attention, donc, au vote national, qui peut avoir des dynamiques très différentes. Ainsi, dans les grandes villes, la droite n'a jamais vraiment percé, mais l'Italien'est pas faite que de grandes métropoles..." Une analyse confirmée par un sondage SWG/TGLa7 du 18 octobre, où l'on voit les trois premières formations du pays, le parti démocrate, la Ligue et Fratelli d'Italia en légère progression. En cas de législatives anticipées, la coalition des gauches et des 5 Etoiles, qu'Enrico Letta veut construire, réunirait 40% des suffrages. Celle des droites frôlerait toujours la majorité avec 47,5% des votes. Aucun changement notable, donc. Enrico Letta a raison d'avoir le triomphe modeste.
