L'Express : Emmanuel Macron a été réélu avec plus de 58% des voix. L'Europe est-elle soulagée par cette victoire ?

Richard Werly : Oui, c'est incontestable. Non seulement l'Europe pousse un ouf de soulagement, mais l'Europe a aussi été une partie absolument énorme de l'équation politique qui a conduit à la victoire d'Emmanuel Macron. La présidence de Marine Le Pen aurait été un saut dans le vide. Elle-même ne savait pas véritablement où poser ses limites, elle n'a pas su dire où son projet allait mener. Il faut voir la rapidité avec laquelle les dirigeants européens ont félicité Emmanuel Macron...

Ce résultat donne-t-il un mandat franc à Emmanuel Macron pour diriger la France ?

58%, c'est un mandat net, clair, qui le différencie nettement de ses prédécesseurs. Il n'y a pas de place pour lui faire un procès en légitimité, ce qui est très important. Par contre, il y a une vraie interrogation sur la nature du mandat et d'ailleurs son discours de victoire se veut extrêmement prudent. Il se donne le temps pour réfléchir et pour proposer une formule, comme il l'a dit, "d'innovation collective".

Cette victoire lui donne-t-elle une nouvelle dynamique au niveau européen ?

Pour l'Europe, le mandat est clair : continuer d'arrimer la France à l'Union européenne, avec des exigences tout à fait françaises. La France restera arrimée à l'Allemagne, ou en tout cas au partenariat franco-allemand. Là-dessus, son mandat ne souffre d'aucune question. D'ailleurs Jean-Luc Mélenchon, dans son discours, n'a pas parlé d'Europe. J'ai retenu la formule dans laquelle il dit qu'il ne faut pas que la France soit "vendue à la découpe". J'ai trouvé que c'était très fort. Le propos de Jean-Luc Mélenchon est avant tout économique et social, mais pas sur l'Europe.

L'extrême droite n'a jamais été aussi haute en France, l'abstention est très forte. Est-ce inquiétant pour le pays ? Doit-il moderniser sa démocratie ?

En Suisse, nous vivons depuis trente ans avec une extrême droite à 35%. Notre système n'est pas du tout le même que le système français, mais finalement on ne vit pas si mal avec une extrême droite très haute. Le système est parvenu à la canaliser.

LIRE AUSSI : La présidentielle vue de Suisse : "Ce qui me frappe, c'est la disparition des programmes"

Cette question est posée en France. On ne va pas transformer les électeurs de Marine Le Pen en électeurs d'Emmanuel Macron. La vraie question est de savoir les canaliser dans le bon sens du terme, c'est-à-dire trouver des moyens pour qu'ils puissent exprimer davantage leur colère, leurs insatisfactions, leur ressentiment, pour qu'ils puissent davantage être entendus.

Marine Le Pen à 42% n'est pas un séisme politique français, c'est une réalité. Comme aux États-Unis, comme dans d'autres pays européens. Il faut aménager le système pour qu'il n'amène pas dans cinq ans à une nouvelle confrontation. L'inquiétude, c'est le syndrome Obama : dix ans de Barack Obama, qui finissent par Donald Trump. La France est-elle en train de répliquer cela avec l'Obama français ? Si oui, ça finira avec Marine Le Pen ou avec celle ou celui qui lui succédera.