Cantonné à l'Hexagone pendant plusieurs semaines, Emmanuel Macron a des fourmis dans les jambes. Pendant qu'il faisait campagne, entre visites de villages et débats sur la baisse du pouvoir d'achat, le président français a vu défiler les dirigeants européens à Kiev, dans une Ukraine en guerre : l'Espagnol Pedro Sanchez, la Danoise Mette Frederiksen, le Britannique Boris Johnson... Même les dirigeants des institutions européennes, Ursula von der Leyen et Charles Michel, sont venus saluer en personne le héros de la résistance ukrainienne, Volodymyr Zelensky.
Ce dernier a invité personnellement Emmanuel Macron à venir en Ukraine, afin de constater "le génocide perpétré par les Russes". Réélu, rien n'empêche désormais le chef de l'Etat français de faire le déplacement. "Le président est déjà allé à Kiev avant la guerre, et il est prêt à y retourner, souffle un de ses conseillers diplomatiques. Il veut que cette visite soit utile à la cause ukrainienne, qu'elle lui apporte des garanties sécuritaires et un soutien opérationnel."
Accélérer la transformation de l'Europe
Au-delà de l'Ukraine, le président français réfléchirait à une tournée des capitales européennes, manière de lancer une grande réflexion sur la nouvelle donne sécuritaire en Europe et de maintenir l'unité face à Moscou. Un moyen, aussi, de montrer qu'il faudra compter sur la France et sa volonté réformatrice dans les cinq années à venir.
"L'Europe va continuer d'être un pilier de la présidence Macron, il va mettre beaucoup de pression sur ses partenaires pour la transformer et mettre en oeuvre son discours de la Sorbonne de 2017, expose Georgina Wright, directrice du programme Europe de l'institut Montaigne. Il veut notamment moderniser l'espace de libre circulation Schengen, ce qu'il n'a pas encore réussi à faire, et peser dans le débat sur la réforme des règles budgétaires. Il voudra aller plus loin et plus vite."
Le président français veut profiter de la dynamique que lui offre sa réélection pour faire avancer son rêve d'"Europe puissance", qu'il a réitéré pendant la présidentielle. Avec Olaf Scholz à la tête de l'Allemagne et Mario Draghi en Italie, le président français dispose de deux alliés de poids pour faire bouger l'Europe. Il en aura besoin, tant la bataille s'annonce ardue à Bruxelles dans les semaines qui viennent.
A Bruxelles, l'unité de plus en plus délicate face à la Russie
L'unité des Vingt-Sept se craquelle face à Moscou, après la réélection de Viktor Orban en Hongrie et à mesure que les sanctions économiques font grimper les prix en Europe. "La discussion sur les sanctions va devenir plus difficile, souligne Georgina Wright. La France va continuer d'être au centre des conversations sur ces sanctions européennes, comme elle l'a été depuis le début de la guerre : même si elles sont coordonnées par la Commission européenne, Paris joue un rôle essentiel en coulisses." La diplomatie française pousse désormais pour la mise en place d'un embargo sur le pétrole russe "dès les prochaines semaines", et reçoit des signaux positifs de Berlin sur ce sujet.
En parallèle, Emmanuel Macron n'écarte pas de reprendre les discussions avec Vladimir Poutine, qu'il n'a plus eu au téléphone depuis le 29 mars. "On ne dialogue pas avec Poutine juste pour le plaisir de dialoguer, pose un conseiller du président. On le fait pour obtenir un cessez-le-feu au plus vite et créer les conditions d'une négociation valable. Dans la situation actuelle, cela paraît difficile, mais il le fera en plein accord avec le président Zelensky et à sa demande, quand cela sera de nouveau opportun." La reprise diplomatique ne sera pas de tout repos.
