Il n'a pas pu s'en empêcher. En ouverture du Forum international pour la paix, à Rome, dimanche 23 octobre, Emmanuel Macron a eu cette phrase malheureuse : "Une paix est possible" quand les Ukrainiens "le décideront". A Kiev, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dû apprécier. Car la formule donne l'impression que les Occidentaux n'ont aucun problème à négocier avec les Russes, mais que les Ukrainiens bloquent les discussions. Macron a-t-il perdu une occasion de se taire ?

Si, encore, c'était la première fois... Le 12 octobre sur France 2, il affirmait qu'en cas de frappe nucléaire par Poutine en Ukraine ou "dans la région", la réponse de la France ne serait "pas nucléaire", car ses "intérêts fondamentaux" ne seraient pas menacés. Belle gaffe : le principe même de la dissuasion nucléaire consiste justement à entretenir le flou sur son niveau de riposte.

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La diplomatie, l'art de faire durer les carreaux fêlés

Affirmer que nos intérêts ne seraient pas menacés si une bombe explosait en Roumanie, où des troupes françaises sont stationnées, est, en outre, assez étrange. Surtout de la part d'un homme qui, en 2020, affirmait que "les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne"...

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"La diplomatie est l'art de faire durer indéfiniment les carreaux fêlés !" disait le général de Gaulle. Pas sûr que ce flot récent de déclarations présidentielles ait permis de cimenter les fractures du monde. Certes, le français, dit-on, demeure la langue de la diplomatie. Une langue particulière, qui, depuis Talleyrand, se nourrit d'ambiguïtés constructives. Mais où sont donc ces chausse-trappes et ces subtils messages codés quand Emmanuel Macron - encore lui - appelle à ne pas "humilier la Russie", en juin dernier, lorsque la guerre prendra fin ? Un thème qu'il a repris dans son allocution de dimanche dernier : "Le pouvoir russe s'est nourri du ressentiment et de l'humiliation nés lors de la dislocation de l'empire soviétique". Un narratif développé par Vladimir Poutine, et très éloigné de la réalité.

On nous répondra : le président parle haut et clair. Depuis qu'il a remporté largement le marathon de la parole - alias le grand débat national -, qui avait totalisé quatre-vingt-douze heures de discussion en 2019, tous nos concitoyens connaissent sa passion du verbe. Mais celle-ci ne se conjugue pas toujours avec la grammaire des relations internationales.