Le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'enclave arménienne du Haut Karabakh (appelée aussi Artsakh) dans le Caucase du Sud vient de prendre une méchante tournure ce mardi 29 septembre. Selon l'Arménie, un chasseur Sukhoi SU-25 de l'aviation arménienne a été abattu par un avion de combat turc F-16 ( de fabrication américaine). Ankara toutefois dément.

Joint au téléphone par L'Express, un capitaine de réserve du contre-espionnage du Haut Karabakh donne ce matin la mesure de la tension qui règne dans cette région depuis trois décennies. "Nos forces ont abattu trois hélicoptères azéris", se vante ainsi l'officier de réserve âgé de 29 ans qui parle de "nouvelle guerre contre l'Azerbaïdjan et la Turquie".

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La situation est tendue depuis le début de l'été

"Tous les hommes de plus de 18 ans et ayant effectué leur service militaire sont mobilisés", explique-t-il. Le regain de tension n'est pas une surprise. Des escarmouches ont eu lieu durant l'été. "Nous nous attendions à ce que la situation explose tant les relations sont tendues depuis quelques mois", dit encore notre interlocuteur qui nie tout sentiment de panique : "La population est à l'abri et tous les hommes sont prêts à défendre leur patrie."

Larvé depuis le cessez-le-feu de 1994, le conflit a repris de l'ampleur ce dimanche 27 septembre avec des bombardements massifs des deux côtés. L'Azerbaïdjan et Stepanakert (capitale de l'Artaskh) s'accusent mutuellement d'avoir déclenché les hostilités.

Quoi qu'il en soit, la Turquie et l'Arménie se sont empressées de venir en soutien à chaque belligérant en envoyant des renforts auprès des armées respectives. On dénombre au moins 200 morts du côté artshkiote L'Azerbaïdjan, elle, ne communique pas sur le nombre de décès. "Il y a encore peu d'affrontements directs entre les soldats, ce sont principalement des tirs d'artillerie, de mortiers et de l'aviation. Majoritairement des drones de fabrication turque qui survolent la région", poursuit notre officier de réserve qui, dans le civil, est chercheur en histoire orientale.

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Les bombardements sont proches

Le Haut Karabakh, un Etat non reconnu par la communauté internationale et dont l'immense majorité de la population est arménienne, s'est retrouvé enclavé dans l'Azerbaïdjan en 1921 après une délimitation arbitraire des frontières effectuées par Staline. Cette région du Caucase appartenait alors à l'Union soviétique. Très majoritairement peuplée d'Arméniens, elle demande son indépendance à Bakou depuis la chute de l'URSS en 1991 qui refuse d'abandonner cette région fertile et agricole même après avoir perdu le conflit armé de 1991-1994 (30 000 morts).

A Stepanakert, la "capitale" de 55 000 habitants, les bombardements sont aujourd'hui proches et les panaches de fumées visibles dans les collines environnantes. La ville n'est pas directement touchée mais les tirs aux alentours ont endommagé les habitations.

Dans les rues, les camions de secours défilent vers les services hospitaliers tandis que les blindés prennent le chemin inverse vers le front. La mobilisation s'active sur la place principale et les bâtiments administratifs servent désormais à des fonctions militaires.

"C'est la première fois depuis les années 1990 que le conflit se déroule sur l'ensemble de la frontière avec l'Azerbaïdjan, reprend l'officier de réserve. 4000 soldats turcs ont été déployés en renfort dont de nombreux mercenaires ayant combattu en Libye et en Syrie".

"Le président turc Recep Tayyip Erdogan pousse Ilham Aliyev, le dirigeant azéri, à entrer en conflit avec l'Arménie afin d'étendre son influence sur la région, explique pour sa part Hovhannès Guévorkian, représentant du Haut Karabakh en France. Il ravive les vieux combats patriotiques ottomans et vise maintenant les régions arméniennes après avoir mis en garde la Grèce plus récemment", avance le diplomate.

Dimanche sur son compte Twitter, Erdogan a déclaré que "l'Arménie a de nouveau montré qu'elle est la plus grande menace pour la région". Il réclame "la fin de l'occupation arménienne en Azerbaïdjan". Après ses actions en Syrie, en Libye et dans les eaux territoriales de Chypre et de la Grèce, la Turquie vient, semble-t-il, d'ouvrir un nouveau front, au Caucase du Sud.