La Biélorussie est-elle encore un pays autonome ? L'armée russe y aurait, selon l'Otan, déployé 30 000 soldats, officiellement dans le cadre d'exercices militaires. Les manoeuvres "Résolution alliée" du 10 au 20 février sont d'une ampleur sans précédent depuis trente ans. Il ne s'agit pas simplement de menacer l'Ukraine par un semi-encerclement venant du nord. Les missiles Iskander déployés ont une portée de 400 kilomètres et menacent une bonne partie de l'Europe. La pérennisation sur le sol biélorusse d'armements "offensifs" et non conventionnels était d'ailleurs l'une des préoccupations exprimée par Emmanuel Macron durant sa visite à Moscou le 7 février.

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Vladimir Poutine a répondu qu'il retirerait ses troupes. Mais le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko n'hésite plus à dire que son armée est une extension de l'armée russe et que le rêve du chef du Kremlin de reconstituer l'URSS lui va très bien. "Poutine m'a promis de me donner le grade de colonel dans l'armée russe", a-t-il lâché sur une chaîne YouTube de propagande russe.

Faisant fi de la neutralité inscrite dans la Constitution biélorusse, Loukachenko a prévenu le 29 novembre : en cas de conflit militaire entre l'Ukraine et la Russie, "la Biélorussie se battra aux côtés de ses frères russes". Après l'annexion de la Crimée en 2014, le leader biélorusse a pourtant longtemps campé une posture d'intermédiaire entre la Russie et l'Ukraine, accueillant les fameux accords de Minsk. Mais en fin d'année dernière, il a reconnu la Crimée comme étant russe.

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© / Dario Ingiusto / L'Express

L'intégration de la Biélorussie dans le dispositif militaire russe s'est accélérée dernièrement. "Sur le plan militaire et de la politique étrangère, notre pays a d'ores et déjà perdu sa souveraineté", estime Pavel Usov, politologue biélorusse basé à Varsovie. "Depuis un an, la Russie a rempli tous ses objectifs tactiques. Des chasseurs russes Su-34 patrouillent dans le ciel biélorusse, conjointement avec la chasse nationale. Un centre de formation militaire a été établi sous direction russe. Le système de défense antiaérienne est désormais complètement intégré."

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Pour cet expert, "au terme des manoeuvres, la Russie fera en sorte de ne pas se retirer entièrement. Moscou pourrait laisser des missiles ou d'autres installations nucléaires sur le sol biélorusse." D'ores et déjà, 32 avions de combat russes sont déployés sur la base de Baranovitchi, à l'ouest. Et un journal en ligne de la région de Gomel a par ailleurs révélé la construction d'une base militaire près du village de Ziabrovka, ainsi que des mouvements de troupes russes à proximité. Une information bloquée par les autorités biélorusses.

Si l'annexion de la Crimée fut expédiée en un mois, l'intégration de la Biélorussie est un processus lent et dissimulé. "La doctrine militaire conjointe, la coopération militaro-technique et le "pacte" d'intégration sont gardés secrets pour éviter à Loukachenko de perdre la face", considère Pavel Usov. Car, "pour la majorité de ses partisans, Loukachenko représente la souveraineté et l'indépendance du pays, souligne le politologue Artyom Shraibman. Ce dernier sait très bien que son image est détériorée par la présence de l'armée russe, mais ne peut plus rien faire pour l'empêcher". Même si le sentiment anti-russe est bien moins fort qu'en Ukraine, la digestion de la Biélorussie n'est pas sans risque pour Moscou.