Rien ne va plus entre l'Allemagne et la France. Alors qu'il devait se tenir le 26 octobre dans le cadre doré du château de Fontainebleau, le prochain conseil bilatéral regroupant les ministres franco-allemands a été reporté à l'année prochaine. Et, cela, sans que l'on sache s'il aura bien lieu en janvier, au moment même où l'emblématique traité d'amitié de l'Elysée, signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, fêtera ses 60 ans.

Preuve que les divergences sont à leur comble, Emmanuel Macron a déclaré ce jeudi, juste avant l'ouverture d'un sommet européen, qu'il "n'est bon ni pour l'Allemagne ni pour l'Europe qu'elle s'isole". D'ordinaire, ce genre de propos se tient dans une pièce fermée, loin des micros... "Nous avons beaucoup de travail devant nous", a également affirmé le président français. Avant de pointer un problème structurel : "C'est toujours mieux de se consulter, de se coordonner".

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De fait, ces derniers temps, Berlin a donné plus de preuves de dédain que d'amour à Paris. "L'Allemagne a annoncé un plan de soutien à son économie de 200 milliards d'euros, sans prévenir la France et ses autres partenaires européens, qui se sont sentis bousculés", regrette Franck Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand. La mesure a d'autant plus déplu à l'Elysée qu'Emmanuel Macron plaide pour une réponse communautaire à la crise actuelle de l'énergie, avec, en particulier, un plafonnement des prix d'importation du gaz. Sauf que Berlin le rejette et critique le refus français, jusqu'à présent, d'un gazoduc catalan pour accroître les possibilités continentales de distribution de GNL livré en Espagne.

Une dissension parmi d'autres... Paris vit également mal le lancement par Olaf Scholz d'un projet de bouclier antiaérien regroupant 14 membres européens de l'Otan et piloté par l'Allemagne, alors qu'un dispositif sol-air franco-italien de dernière génération, le MAMBA, est disponible. Cela s'ajoute au fond de 100 milliards d'euros mis en place par Berlin pour acheter du matériel surtout américain, à rebours de la vision française de l'Europe de la défense. Quant aux projets de développement commun du char (MGCS) et de l'avion (SCAF) du futur, ils sont au point mort, dans l'attente d'un déblocage politique qui ne vient pas.

Le président français Emmanuel Macron (g) et le nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz, lors de leur conférence de presse commune au sommet européen à Bruxelles, le 17 décembre 2021

it Emmanuel Macron et Olaf Scholz, à Bruxelles, le 17 décembre 2021.

© / afp.com/JOHN THYS

Ces difficultés à coopérer peuvent paraître d'autant plus surprenantes que les canaux ne manquent pas entre les deux capitales pour coopérer. "Mais si on se voit tout le temps, on ne se parle pas vraiment, constate Frank Baasner. Dans l'entourage d'Olaf Scholz, il manque un réflexe franco-allemand, que l'on avait encore sous Angela Merkel, où l'on essayait toujours d'avoir la France en tête. Lorsque le chancelier a fait son grand discours politique sur l'Europe, à Prague, il n'a pas mentionné la France..."

Or, quand Paris et Berlin n'arrivent plus à s'entendre, l'histoire a montré que l'Europe est paralysée. En 2000, déjà, les deux capitales avaient traversé une importante crise de confiance. Leurs divergences profondes sur des sujets comme la réforme des institutions européennes ou la politique agricole commune s'étaient affichés au grand jour, lors d'un sommet à Nice.

"Cette crise avait mené à une réaction positive avec la mise en place rapide du processus du Blaesheim, du nom de ce village alsacien où le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder avaient commencé à se parler plus directement, en très petit comité, rappelle Frank Baasner. C'est un format qui s'est endormi au fil des années, mais qui pourrait retrouver son utilité." La reprise du dialogue pourrait aussi commencer mercredi prochain, avec la visite, à Paris, du chancelier Scholz. Et un début de sortie de crise ?