C'est ce que Joe Biden appelle une "Otanisation" de l'Europe. Les Etats-Unis vont "renforcer leur positionnement militaire en Europe" afin que l'Otan puisse "répondre à des menaces venant de toutes les directions", a déclaré le président américain ce mercredi 29 juin lors du sommet de l'Otan organisé en Espagne, à Madrid, où la guerre en Ukraine était au coeur de ce rendez-vous.
Lors de ce sommet de l'Alliance militaire "qui marque l'Histoire", selon lui, Joe Biden a annoncé une présence renforcée de militaires et de capacités américaines en Espagne, en Pologne, en Roumanie, dans les Etats baltes, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie.
Ni la Maison-Blanche ni le Pentagone n'ont toutefois voulu dire, lors d'une courte conférence de presse ce mercredi matin, combien de militaires américains supplémentaires allaient être, au total, déployés. En termes d'effectifs, le détail a été communiqué par Washington pour l'Allemagne (625 hommes ou femmes) et l'Italie (65). Joe Biden a également annoncé que les Etats-Unis porteraient de 4 à 6 le nombre de leurs destroyers sur la base navale de Rota en Espagne. "Nous sommes au rendez-vous" et "nous prouvons que l'Otan est plus nécessaire que jamais", a déclaré le président américain, aux côtés du secrétaire général de l'organisation, Jens Stoltenberg.
Plus de 100 000 Américains stationnés sur le continent
Joe Biden a rappelé que les Etats-Unis avaient déjà déployé cette année "20 000 militaires supplémentaires en Europe pour renforcer nos lignes en réponse aux initiatives agressives de la Russie", ce qui a déjà porté à plus de 100 000 le nombre d'Américains stationnés sur le continent.
La première puissance mondiale établira par ailleurs en Pologne "un quartier général permanent du 5e corps d'armée américain". Il s'agira, a précisé le Pentagone, de la première présence américaine "permanente" sur le "flanc oriental" de l'Otan. "Nous allons maintenir une brigade supplémentaire" qui sera basée en Roumanie, a également déclaré Joe Biden, évoquant le chiffre de 3000 combattants et 2000 personnels militaires autres.
Il a également annoncé des "déploiements supplémentaires dans les Etats baltes", le Pentagone précisant que cela concernerait aussi bien l'artillerie, l'aviation, la défense anti-aérienne que la présence de troupes d'élite. Aux portes de la Russie, les Etats-Unis promettent aussi "d'intensifier les exercices avec nos alliés" baltes, selon un communiqué du Pentagone.
Lors d'une courte allocution, Joe Biden a encore indiqué que Washington allait "envoyer deux escadrilles supplémentaires" d'avions de combat F-35 au Royaume-Uni, sur la base de Lakenheath dans l'ouest du pays, et "positionner des capacités supplémentaires de défense aérienne" en Allemagne et en Italie.
Le président russe Vladimir Poutine "voulait une 'finlandisation' de l'Europe", c'est-à-dire une évolution des pays membres de l'Alliance vers la position de neutralité qui a été historiquement celle du pays nordique, mais il obtient au contraire une "'Otanisation' de l'Europe", s'est félicité Joe Biden. La Finlande, historiquement non-alignée, ainsi que la Suède s'apprêtent en effet à rejoindre l'Otan, après la levée mardi soir du veto de la Turquie, tandis que l'Alliance a affiché une unité presque sans faille depuis le début de la guerre en Ukraine.
"Une dissuasion crédible"
En outre, les pays de l'Otan vont approuver à Madrid un renforcement de leurs forces sur le flanc est de l'Alliance et décider de porter le nombre de leurs forces à haut niveau de préparation "bien au-dessus" de 300 000 militaires pour faire face à la menace russe. "C'est le remaniement le plus important de notre défense collective depuis la Guerre froide", a souligné Jens Stoltenberg.
Huit groupements tactiques ont été créés. Ils sont basés en Lituanie, en Estonie, en Lettonie, en Pologne, en Roumanie, en Hongrie, en Slovaquie et en Bulgarie. Certains seront renforcés "jusqu'au niveau de la brigade" - unités tactiques de 3000 à 5000 hommes, a précisé Jens Stoltenberg. L'Allemagne, chef de file du groupement tactique basé en Lituanie, a annoncé son intention de porter sa capacité au niveau d'une brigade, mais l'essentiel des troupes restera stationné dans le pays.
Des unités sont "prédésignées" dans d'autres pays membres de l'Alliance pour intervenir dans les pays où sont basés des groupements tactiques et où des armements lourds auront été prépositionnés, a expliqué le secrétaire général de l'Otan. L'Alliance va également "transformer sa Force de réaction", forte de 40 000 soldats, et va porter le nombre de ses forces à haut niveau de préparation "bien au-dessus" de 300 000 militaires, a-t-il ajouté. "En faisant cela, nous fournissons une dissuasion crédible dont l'objectif n'est pas de provoquer un conflit, mais d'empêcher la Russie ou tout autre adversaire potentiel d'attaquer un pays allié", a-t-il insisté. "Je suis convaincu que le président Poutine comprend les conséquences d'une attaque contre un pays de l'Otan", a-t-il ajouté.
Les Alliés se sont engagés à consacrer 2% de leur PIB à leurs dépenses de défense en 2024, mais neuf seulement des 30 membres ont atteint cet objectif en 2022 (Grèce, Etats-Unis, Pologne, Lituanie, Estonie, Royaume-Uni, Lettonie, Croatie et Slovaquie). La France est à 1,90%, l'Italie à 1,54%, l'Allemagne à 1,44% et l'Espagne, pays organisateur du sommet, est avant-dernière de la liste à 1,01%, devant le Luxembourg (0,58%), indiquent les données publiées lundi par l'Otan.
La France assure la défense antiaérienne de Constanta, en Roumanie
De son côté, la France, désignée "nation-cadre" de la Roumanie dans le système de défense collective de l'Otan, assure depuis mai 2022 la défense antiaérienne du port de Constanta à travers la principale base alliée en Roumanie, Capul Midia. Située entre le port de Constanta et l'Ukraine, elle abrite quelque 2600 soldats roumains, américains, français, belges, italiens et britanniques avec leurs blindés, hélicoptères et les Eurofighters, rappelle Les Echos.
Cette base militaire accueille depuis le 8 mai dernier l'un des équipements les plus sophistiqués de l'armée française : le système de défense sol-air Mamba, l'équivalent du Patriot américain. "Mis en oeuvre par une centaine d'aviateurs, le système sol-air moyenne portée Mamba (...) peut assurer une bulle de protection au profit des forces qui opèrent dans la zone", indiquait l'état-major français dans un communiqué publié le 19 mai.
Ce système connecté au système de défense roumain et à celui de l'Otan, qui en assure le commandement, doit protéger de toutes attaques aériennes la ville de Constanta et son port, qui est désormais le seul débouché en mer Noire des marchandises ukrainiennes depuis le blocage du port d'Odessa, ainsi que la première raffinerie roumaine et la base militaire adjacente de Mihail Kogalniceanu.
Les armées françaises sont présentes en Roumanie depuis le 26 février 2022. Mais ce déploiement en urgence de quelque 500 militaires a été depuis pérennisé, intégrant en alternance une compagnie belge ou néerlandaise. "Il fait partie des quatre bataillons supplémentaires déployés par l'Otan sur le flanc oriental de l'Europe" avec la Slovaquie, la Hongrie et la Bulgarie, précise le communiqué de l'état-major français. Ce déploiement s'inscrit "dans le cadre du renforcement de la posture dissuasive et défensive de l'Otan sur le flanc oriental de l'Europe". La France va confirmer au sommet de l'Otan l'envoi permanent de plus de 1000 hommes pour un mandat de quatre ans minimum. Comme le précise Les Echos, en accord avec l'état-major roumain, il a été décidé que les Français s'installeront sur le site de Cincu, au centre du pays.
