Pas de changement, plus d'argent. Dimanche 18 septembre, la Commission européenne a menacé de priver la Hongrie de 7,5 milliards d'euros de financements européens, tant que le pays ne règle pas ses problèmes de corruption. Ainsi, Bruxelles espère éviter qu'une partie de l'argent public ne finisse dans les poches de certains acteurs de la vie politique hongrois.

Le commissaire européen au Budget Johannes Hahn a laissé trois mois à Viktor Orban pour changer la donne, et affiche un certain optimisme : "Les mesures proposées (par la Hongrie) pour remédier à la situation sont en principe de nature à répondre aux problèmes identifiés, si elles sont correctement traduites dans des lois et mises en oeuvre en conséquence." Un ultimatum qui tombe mal pour le régime, qui doit affronter une difficile crise de l'énergie.

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La Commission européenne, à l'origine d'une procédure exceptionnelle déclenchée en avril dernier estime qu'il y a trop d'"irrégularités" et "carences" dans les procédures de passation de marchés publics, la proportion "anormalement" élevée de candidatures uniques pour ces contrats, le manque de contrôle des conflits d'intérêt et de poursuites judiciaires en cas de soupçons de fraude. En somme, le gouvernement de l'ultranationaliste Orban est suspecté par Bruxelles d'affaiblir l'Etat de droit et d'utiliser l'argent européen pour enrichir ses affidés.

La Hongrie s'est déjà engagée à mettre en oeuvre 17 mesures clefs, mais la Commission attend des résultats et compte évaluer leur efficacité le 19 novembre prochain. "Nous avançons dans la bonne direction. Nous continuons le travail (...) pour que le peuple hongrois reçoive les ressources auxquelles il a droit!", a réagi sur Facebook la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, qui a effectué ces derniers jours une tournée de plusieurs capitales européennes pour plaider la cause de son pays.

Les subventions.... et le plan de relance

Budapest se démène pour tenter d'échapper au couperet, mais aussi pour convaincre Bruxelles de débloquer son plan de relance post-Covid (5,8 milliards d'euros de subventions), alors que le pays affronte une inflation galopante et la chute du forint, la monnaie nationale. La Hongrie est le seul pays de l'UE dont le plan n'a toujours pas reçu le feu vert de la Commission européenne, pour les mêmes raisons liées au respect de l'Etat de droit. Faute d'accord sur le plan de relance hongrois d'ici la fin de l'année, 70% des subventions seront perdues.

Parmi les pistes pour lutter contre la corruption, la Hongrie a récemment annoncé qu'elle allait mettre rapidement sur pied une "autorité indépendante", chargée de contrôler l'utilisation des fonds de l'UE, et s'est engagée à améliorer la transparence des marchés publics. Des mesures doivent permettre aux citoyens de porter plainte devant les tribunaux s'ils estiment que le parquet a arbitrairement mis fin à une enquête pour corruption. La transparence du processus législatif doit aussi être renforcée.

Le gouvernement du Premier ministre nationaliste et ultra-conservateur Viktor Orban a indiqué que les lois destinées à satisfaire l'UE seraient soumises au Parlement hongrois à partir de lundi. Leur entrée en vigueur est prévue pour novembre."Dernière chance pour Viktor Orban (...) Le temps des discussions est terminé", a tweeté l'eurodéputée française Valérie Hayer (Renew Europe). L'élu allemand Daniel Freund (Verts) a quant à lui jugé que les mesures proposées étaient "insuffisantes" et n'allaient "pas empêcher Orban et ses affidés de voler des fonds européens".

La Pologne au secours de la Hongrie

Globalement, les élus européens sont particulièrement critiques à l'égard de la tournure du régime impulsée par Orban. Le Parlement européen a estimé jeudi, dans un rapport voté à une large majorité, que la Hongrie n'était plus une véritable démocratie mais "une autocratie électorale", appelant la Commission à "s'abstenir d'approuver le plan de la Hongrie tant qu'elle ne se sera pas conformée pleinement à toutes les recommandations" de Bruxelles.

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Mais couper les vivres à la Hongrie ne fait pas non plus l'unanimité. La Pologne a assuré ce dimanche qu'elle s'opposera à "toute démarche" de Bruxelles visant à priver la Hongrie des 7,5 milliards d'euros. Le chef du gouvernement nationaliste-populiste polonais, lui aussi en conflit avec Bruxelles qui l'accuse de non-respect de l'Etat de droit, a rappelé que son homologue et allié hongrois Viktor Orban avait déjà préparé "un projet d'accord avec la Commission européenne".

Ces compromis de Budapest interviennent alors que l'économie hongroise est à la peine à cause d'une monnaie faible et d'une inflation forte - les deux ont battu des records cette année. Toujours samedi, le gouvernement a indiqué que les plafonds de prix mis en place en printemps pour les carburants et la nourriture seront prolongés jusqu'à la fin de l'année.