La pression était trop grande. Poussé vers la sortie par une soixantaine de démissions au sein de son équipe gouvernementale, Boris Johnson a finalement annoncé ce jeudi 7 juillet qu'il renonçait à la présidence du Parti conservateur. Cela revient, dans le système britannique, à renoncer à diriger le pays. Il ouvre ainsi la voie à sa succession et devrait, en attendant, expédier les affaires courantes.
Alors que "BoJo" n'a pas encore fait ses valises du 10 Downing Street, plusieurs noms sont déjà évoqués pour lui succéder. Tour d'horizon des prétendants les plus sérieux.
Liz Truss : la plus Thatcher

La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss, le 27 octobre 2021, à Londres.
© / afp.com/Ben STANSALL
Pourquoi elle a ses chances. Fin décembre, le site Conservative Home en faisait la chouchoute des sympathisants conservateurs, devant Rishi Sunak. La ministre des Affaires étrangères, âgée de 46 ans, a servi dans tous les gouvernements depuis 2014. Cette adepte de la libre-entreprise peaufine son image d'héritière de Thatcher, s'affichant même l'an dernier, comme son idole, sur un tank face aux caméras ou arborant une garde-robe aux mêmes couleurs. Les deux dernières années lui ont plutôt réussi, à signer les nouveaux accords commerciaux d'un Royaume-Uni divorcé de l'Union européenne.
Ses défauts. Elle a voté contre le Brexit. Mais elle a dit l'avoir regretté, quelques mois plus tard, quand le vent avait tourné... Elle n'est pas très à l'aise à l'oral, comme l'avait montré une intervention, en 2014, où elle avait fustigé les importations de fromages. Elle s'est montrée loyale à Johnson après les démissions fatales de Sunak et Javid.
Rishi Sunak : le plus souriant

Le ministre des finances Rishi Sunak, lors de la COP26, à Glasgow.
© / afp.com/Daniel LEAL
Pourquoi il a ses chances. Lorsque les conservateurs changent de Premier ministre en cours de mandat, ils optent souvent pour le ministre des Finances (Harold Macmillan en 1957, John Major en 1990). A ce poste, ces deux dernières années, le golden-boy de 41 ans, qui a fait fortune dans la finance, s'est d'abord forgé l'image d'un gestionnaire compétent, en pleine tempête du Covid-19, avec son programme de soutien aux salariés et aux entreprises. Toujours impeccablement habillé, souriant, ce petit-fils d'immigrés indiens, qui a annoncé ce vendredi sa candidature à la tête du parti conservateur, a misé juste en votant Brexit lors du référendum.
Ses défauts. Il n'est député que depuis 2015. Son profil n'est pas pour séduire les classes populaires : il défend un rééquilibrage des comptes, ce qui pourrait effrayer les députés conservateurs élus dans d'anciennes circonscriptions travaillistes du nord de l'Angleterre. Surtout, sa cote a chuté, ces derniers mois, après la révélation que son épouse, issue d'une richissime famille indienne, a bénéficié d'arrangements fiscaux.
Nadhim Zahawi : le plus ambitieux

Nadhim Zahawi, le 6 juillet, après sa nomination comme chancelier de l'Echiquier.
© / AFP/Daniel LEAL
Pourquoi il a ses chances. Ce fils d'immigrés irakien est le prétendant dont la dynamique politique a été la plus forte ces derniers temps. L'ancien fondateur de l'institut de sondage YouGov, âgé de 55 ans, a gagné en popularité comme ministre des vaccins lors de la pandémie de Covid-19. Selon The Times, il travaille depuis des mois, en coulisses, à cette course au leadership des Tories avec des proches de Lynton Crosby. Cet Australien était le stratège de la double victoire de Boris Johnson comme maire de Londres et de la campagne victorieuse de David Cameron en 2015.
Ses défauts. Il n'a pas l'expérience de Liz Truss ou de Rishi Sunak. Et il pourrait payer le fait d'avoir accepté de succéder à Sunak, mardi 5 juillet, au moment où Boris Johnson amorçait sa chute politique.
Jeremy Hunt : le plus outsider

Jeremy Hunt, ici à Birmingham, le 30 septembre 2018.
© / afp.com/Ben STANSALL
Pourquoi il a ses chances. L'ancien ministre des Affaires étrangères était le finaliste de la dernière élection pour diriger le parti conservateur, en 2019, face à Johnson. Avec lui, les conservateurs rompraient avec l'exubérance de l'actuel Premier ministre. Il s'était montré loyal envers Boris Johnson, dans un premier temps, saluant sa gestion de la campagne vaccinale. Puis, après le Partygate, il s'est positionné contre le Premier ministre, jusqu'à voter son départ lors du vote de défiance organisé début juin.
Ses défauts. Ses opposants dénigraient son manque de charisme, affirmant qu'il était "Theresa May en pantalon". Alors que Johnson a su séduire un électorat populaire, Hunt risque de pâtir de son appartenance à la haute société : il a fait les meilleures écoles et son père a dirigé la "Royal Navy".
D'autres prétendants ?
L'ex-ministre du Logement et aux Communautés, Michael Gove pourrait tenter sa chance une troisième fois, après 2016 et 2019, mais traîne une réputation de traître - il avait savonné la planche à Boris Johnson au moment de la succession de David Cameron. Autre boulet : il a reconnu avoir pris de la cocaïne par le passé.
Sajid Javid a donné le coup de grâce à Johnson, mardi soir avec Sunak, en démissionnant de son poste de ministre de la Santé avant un discours accablant, le lendemain au Parlement. Cette estocade pourrait lui aliéner les députés loyaux à Johnson dans la course qui s'ouvre.
La secrétaire d'Etat au commerce, Penny Mordaunt, est une ardente défenseuse du Brexit. C'est une bonne oratrice, contrairement à Truss, capable d'unir différentes tendances du parti.
Le ministre de la Défense, Ben Wallace, a la cote auprès des militants, grâce à sa bonne gestion du soutien militaire à l'Ukraine depuis l'invasion russe. Un sondage YouGov rendu public ce jeudi 5 juillet en fait le favori face à tous ses autres concurrents. Mais il s'est gardé, jusqu'à présent, d'afficher une telle ambition.
Le député Tom Tugendhat est une option de franche rupture avec les années Johnson, qu'il n'hésitait pas à critiquer. Cet ancien militaire, spécialiste de politique étrangère, a l'ambition de diriger un jour le Royaume-Uni. Il a su multiplier les prises de parole marquantes au Parlement. Mais il est peut-être trop "modéré", au sein du parti, pour être capable de convaincre.
