Dans son discours de démission, Boris Johnson n'a pas oublié de rappeler son grand oeuvre, placé en tête des "réalisations" dont il se dit "immensément fier" : le Brexit a fait de lui l'un des dirigeants les plus marquants de l'histoire contemporaine du Royaume-Uni. Sa popularité, son bagou inégalable et son charisme ont participé au choix inattendu d'une sortie de l'Union européenne lors du référendum de juin 2016. Son rôle dans l'affaire ne s'est pas arrêté là : ce n'est qu'après son arrivée au 10, Downing Street, trois ans plus tard, que le divorce avec le continent a pu être enfin acté.

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Mais à quel prix ? Le houleux mandat de Boris Johnson laisse un héritage empoisonné. Contrairement à ce qu'il prétend, le Brexit n'est toujours pas achevé, le statut douanier de l'Irlande du Nord n'étant toujours pas réglé. Pis, il est revenu sur l'accord qu'il a pourtant négocié, défendu, signé et ratifié, mettant à mal la réputation internationale de son pays en matière de respect des traités. "Il a comme point commun avec un certain nombre de leaders populistes, comme Donald Trump, de mépriser les conventions et les règles", souligne Aurélien Antoine, directeur de l'Observatoire du Brexit.

Sa personnalité a fini par jouer contre lui

L'ascension irrésistible de Johnson a démontré qu'un caractère aussi désinvolte pouvait accéder aux plus hautes fonctions. Mais sa personnalité a fini par jouer contre lui, en témoignent les nombreux scandales qui ont émaillé son "règne". Parmi ceux-ci, la révélation de fêtes illégales dans les bureaux du gouvernement, au mépris des règles de confinement. Cette "partygate" a eu raison de son image de champion de la vaccination, provoquant sa chute dans les sondages, qu'un soutien exemplaire à la cause ukrainienne n'a pas enrayée.

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Gageons que le prochain chef des conservateurs s'emploiera à rompre avec le style de son prédécesseur. Mais, au pays qui se targue d'avoir inventé la rule of law (la prééminence du droit) et où les traditions politiques ont valeur de Constitution, "l'aventure BoJo" marque un point de rupture.

Ses successeurs savent dorénavant qu'il est possible d'enfreindre les règles, impunément, dans ce vieux temple de la démocratie qu'est le Parlement britannique. Il y aura un avant et un après Johnson.