Confronté à une avalanche de démissions, le Premier ministre britannique Boris Johnson a présenté sa démission de chef du parti conservateur, au troisième jour d'une crise politique sans précédent. Il reste chef du gouvernement, le temps d'élire son successeur à la tête du parti. L'ancien maire de Londres a déclaré qu'il s'agit "clairement de la volonté du parti parlementaire qu'il y ait un nouveau chef et un nouveau Premier ministre", précisant qu'il reste fier de son bilan, mentionnant le Brexit et la gestion de la crise sanitaire.
Lors de son allocution, Boris Johnson a concédé que "personne n'est indispensable", affichant sa tristesse d'abandonner le "meilleur travail du monde". Le Premier ministre dit avoir tenté de persuader ses collègues que changer de chef serait "excentrique", mais il n'a pas réussi à les convaincre, admet-il.
Il a ajouté que le calendrier pour l'élection d'un nouveau leader conservateur serait précisé la semaine prochaine.
Avant l'annonce, le chef de l'opposition Keir Starmer avait qualifié de "bonne nouvelle" la perspective du départ de Boris Johnson. Mais "nous n'avons pas besoin d'un changement à la tête des Tories. Nous avons besoin d'un vrai changement de gouvernement", avait-il fait valoir, menaçant d'organiser un vote de défiance à la Chambre si Boris Johnson restait au pouvoir. "Il doit partir complètement", a-t-il insisté.
Les démissions et les appels au départ de Boris Johnson, aux trois années turbulentes marquées par des scandales à répétition, se sont poursuivis jeudi, alors que Downing Street annonçait une série de nominations pour remplacer les ministres et secrétaires d'Etat démissionnaires. Le tout nouveau ministre des Finances Nadhim Zahawi, nommé mardi, a appelé Boris Johnson à "partir maintenant", alors que la ministre de l'Education, nommée elle aussi mardi, annonçait sa démission. Au total, une soixantaine de départs ont été annoncés au sein du gouvernement depuis mardi, dont cinq ministres, un exode d'une rapidité sans précédent dans l'histoire politique britannique.
"Bye Boris"
Toute la journée mercredi, les démissions s'étaient succédé, le parti conservateur lassé des scandales à répétition depuis que Boris Johnson, l'ancien héros du Brexit, est arrivé à Downing Street en 2019. La séance hebdomadaire de questions à la Chambre avait été particulièrement houleuse pour Boris Johnson, avec de nouveaux appels à la démission dans son propre camp, des rires témoignant de sa perte d'autorité, et un "bye Boris" à la fin de la séance.
Le mécontentement couvait depuis des mois, nourri notamment par le scandale des fêtes illégales à Downing Street pendant le confinement anti-Covid, alors que les Britanniques devaient respecter des règles très strictes.
Boris Johnson, connu pour ne pas être à un mensonge près, avait varié dans ses explications, provoquant frustration puis colère des élus conservateurs, dans un pays confronté à une inflation record de 9% et à des mouvements sociaux. Sa cote de popularité avait plongé, et près de 70% des Britanniques souhaitent désormais son départ, selon deux sondages cette semaine.
La démission mardi soir du ministre des Finances Rishi Sunak, et du ministre de la Santé Sajid Javid, avait sonné l'hallali pour le Premier ministre, après un nouveau scandale sexuel impliquant le "whip" adjoint, chargé de la discipline des députés conservateurs, que Boris Johnson avait nommé en février, "oubliant" des accusations passées de même type.
