Selon la Biélorussie, seuls 12 800 soldats russes et biélorusses se rassemblent en ce moment sur son territoire pour des exercices conjoints. Selon le Kremlin, ces manoeuvres, nommées Zapad-2021 ("Ouest" en russe), s'effectuent dans la plus grande transparence et ne visent qu'à coordonner les armées de ces deux pays frères "en cas d'attaques terroristes" sur leur sol. Sur le terrain, la réalité semble déjà toute autre.

D'après les premières estimations, environ 200 000 soldats se réunissent en Biélorussie et à la frontière russe avant même le début des exercices, qui se déroulent du 10 au 16 septembre. "Ce manque de transparence sur les chiffres constitue en soi un signal politique envers l'Occident, mais c'est habituel avec l'armée russe, juge Mathieu Boulègue, spécialiste de l'Eurasie à l'institut Chatham House. Ces exercices conjoints entre la Russie et la Biélorussie seront plus importants que les précédents, en 2013 et 2017. Il faut toutefois éviter de se focaliser sur le nombre de soldats, mais plutôt se concentrer sur ce qu'ils font..."

Un contexte électrique entre l'Europe et la Biélorussie

Ces manoeuvres militaires communes ont lieu tous les quatre ans et, d'après la communication officielle, visent à préparer "la réponse à une agression extérieure", et non une guerre avec l'OTAN. Vladimir Poutine et son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko, qui multiplient les rencontres ces derniers mois, seront sur place pour observer les exercices. Depuis les révoltes d'août 2020 à Minsk, puis le détournement d'un avion de ligne européen pour intercepter un opposant biélorusse en mai, Loukachenko n'a plus d'autre choix que de se reposer sur le "grand frère" russe.

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Ainsi, en 2017, le président biélorusse acceptait ces exercices militaires conjoints à reculons. Aujourd'hui, il se présente comme le premier supporter d'une alliance approfondie avec l'armée russe. "Il s'agit davantage d'un entraînement militaire que de politique, mais le contexte est inédit du fait de la situation en Biélorussie ces derniers mois, souligne Mathieu Boulègue. Les deux pays viennent de signer un accord militaire stratégique sur cinq ans, qui prévoit notamment l'établissement de trois centres d'entraînement conjoints pour les soldats russes en Biélorussie. La Russie a obtenu ce qu'elle voulait en termes de présence militaire sur ce territoire."

Une lutte contre de supposés "ennemis de l'intérieur"

Zapad-2021 va se dérouler en deux temps. Pendant les trois premiers jours, les deux armées répondront au scénario d'une attaque venue de l'Ouest, donc de l'OTAN. Le script prévoit une alliance occidentale composée de la Lituanie, la Pologne, un pays nordique (surnommé "Etat polaire") et "d'organisations terroristes internationales". Russie et Biélorussie disent craindre une attaque orchestrée de l'intérieur, avec des "chevaux de Troie" manipulés par les Etats-Unis pour faire tomber leurs gouvernements. Les trois jours suivants sont consacrés à la contre-offensive, afin de "détruire l'ennemi et restaurer l'intégrité territoriale".

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Ces manoeuvres militaires, par définition très opaques, inquiètent grandement les pays d'Europe de l'Est et l'Ukraine, voisins des exercices. La Pologne a déclaré l'état d'urgence pour 30 jours à sa frontière nord. "Il ne faut pas céder à la peur, une invasion russe en Europe n'est pas à craindre, estime Mathieu Boulègue. Mais ces manoeuvres, si proches des frontières, mettent une pression évidente sur ces pays proches géographiquement de la Russie."

La Chine, officiellement invitée par Moscou à envoyer des soldats en Biélorussie, a poliment décliné. Pékin sait que sa présence militaire si proche de l'Europe aurait amplifié les tensions avec l'Occident, déjà très hautes... D'autant que, avant de se coordonner avec les troupes biélorusses, c'est avec l'armée chinoise que les soldats russes ont réalisé de grandes manoeuvres stratégiques le mois dernier, en Asie de l'Est. S'il dit ne pas préparer la guerre, Vladimir Poutine prépare en tout cas ses hommes. Sur tous les flancs.