L'Union européenne a dénoncé ce vendredi la mort d'un artiste biélorusse des suites des blessures infligées lors de son arrestation et menacé de prendre de nouvelles sanctions contre les auteurs de la répression dans ce pays.

Le décès du peintre Roman Bondarenko, 31 ans, est le "résultat scandaleux et honteux des actions des autorités biélorusses" et "l'UE est prête à imposer des sanctions supplémentaires", a annoncé le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell dans un communiqué.

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Roman Bondarenko avait été arrêté mercredi après une altercation entre des habitants et des individus qui retiraient des rubans rouges et blancs, les couleurs de l'opposition, accrochés dans cette cour d'immeuble. Dans un communiqué, le Comité d'enquête biélorusse a indiqué qu'au moment de son arrestation le jeune homme avait "des blessures corporelles". Il a ensuite été amené dans un commissariat puis, son état s'étant aggravé, dans un hôpital où a été confirmée, selon les autorités, "une intoxication à l'alcool". Roman Bondarenko est mort le lendemain.

Des médecins, interrogés sous couvert d'anonymat par le site d'information indépendant Tut.by ont rejeté cette conclusion ce vendredi, soutenant que la victime n'avait pas de traces d'alcool dans le sang. Arrivée à l'hôpital dans le coma, elle présentait cependant de graves lésions cérébrales et des hématomes, selon les médecins, signes d'un possible passage à tabac.

L'annonce de ce décès jeudi soir dans des médias indépendants a suscité une vive émotion en Biélorussie, secouée depuis plus de trois mois par un mouvement de contestation historique contre le président Loukachenko. Des dizaines de fleurs et des bougies ont été déposées dans la cour d'immeuble où a eu lieu l'incident, et la plupart des comptes de l'opposition sur la messagerie Telegram, très utilisée par les protestataires, ont changé leurs photos de profil en noir, en signe de deuil.

"Un homme qui a été tué car il voulait vivre dans un pays libre"

Dénonçant la mort d'un "homme innocent", la figure de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa a appelé à former des chaînes humaines et à respecter une minute de silence ce vendredi à midi dans chaque cour d'immeuble du pays. "Faisons le pour un homme qui a été tué car il voulait vivre dans un pays libre", a affirmé Mme Tikhanovskaïa, en exil en Lituanie, dans un communiqué. Sur Twitter, le chef de la diplomatie lituanienne, Linas Linkevicius, a lui dénoncé ce vendredi "la cruauté du régime", se disant "choqué" par ce décès.

Depuis le début de la contestation, au moins quatre personnes sont mortes officiellement lors de protestations ou après leur interpellation. D'autres décès suspects laissent présager un bilan plus lourd. Des milliers de manifestants ont par ailleurs été arrêtés lors de grandes marches de protestation, et des dizaines d'entre eux ont subi des tortures lors de leur détention.

De nouvelles manifestations sont attendues ce dimanche au Bélarus, même si le nombre de protestataires a diminué ces dernières semaines face à la pression policière et à l'intransigeance du président Loukachenko. Soutenu par Moscou, ce dernier refuse de quitter le pouvoir et n'a envisagé que de vagues réformes constitutionnelles pour calmer la protestation. La semaine dernière, il a été ajouté avec son fils Viktor et treize autres responsables dans une liste de personnes sanctionnées par l'UE pour leur rôle dans la répression.