La défaite du candidat d'extrême droite (FPÖ) Norbert Hofer au "troisième tour" de la présidentielle en Autriche a soulagé la fragile coalition centriste au pouvoir à Vienne. Le candidat écologiste a emporté 53,3% des voix selon des résultats provisoires contre 46,7% à Hofer. Ce scrutin était organisé après l'annulation du deuxième tour de la présidentielle du 22 mai pour irrégularités. Alexander Van der Bellen l'avait emporté de justesse ( 50,3%) face à son concurrent. L'analyse de Patrick Moreau, chercheur au CNRS, spécialiste de l'extrême droite en Europe.
Quelles sont les raisons du recul de Norbert Hofer par rapport au scrutin du printemps?
La mobilisation anti-FPÖ a été plus forte avec un taux de participation en légère hausse. Mais surtout, le FPÖ n'aurait pu devenir majoritaire que s'il réussissait une percée chez les femmes, les personnes âgées et les diplômés. Il a échoué. L'écart s'est même encore creusé. Le candidat national-populiste n'a pas réussi à élargir son assise. Les femmes ont voté à 62% pour Van der Bellen, les retraités à 56%, et seuls 17% des diplômés ont voté pour Hofer.
Quels autres facteurs ont joué?
Il y a eu aussi une forte mobilisation des sociaux-démocrates, tandis que les conservateurs, divisés (50/50), ont finalement penché dans le sens de Van der Bellen.
Le désordre post-Brexit a probablement desservi le candidat du FPÖ. Les Autrichiens sont de grands amateurs d'ordre. Ils n'ont pas eu envie de subir la pagaille que connaît le Royaume-Uni depuis le référendum sur la sortie de l'UE. Van der Bellen a d'ailleurs insisté dans sa campagne sur la dimension européenne. Selon des sondages sortis des urnes, 65% des électeurs disent avoir voté pour lui parce qu'il est pro-européen.
Quant à la crise des migrants, elle a moins pesé qu'au printemps puisque la route des Balkans est fermée. Cette crise n'est pourtant pas terminée. Elle est régulièrement débattue et tous les partis sont d'accord pour faire pression sur l'Allemagne afin qu'elle mette un terme à l'accueil des réfugiés.
Une chose est sûre, l'écologie n'a eu aucun rôle dans le choix des Autrichiens.
Les prochaines législatives doivent avoir lieu en 2018. Que va-t-il se passer maintenant?
Selon toute probabilité, la grande coalition va provoquer des élections anticipées d'ici la fin du printemps.
Les partis démocratiques ont gagné un peu de temps, mais 46% des voix pour le parti national-populiste, cela reste un niveau extraordinaire. Certes, la dynamique est, pour le moment, moins favorable au FPÖ, mais il devrait néanmoins gagner un grand nombre de sièges. Ce qui rendra extrêment compliqué la formation d'un gouvernement.
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