Ce sont des nouveaux combats qui illustrent combien la situation reste explosive entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, deux pays dont les relations sont historiquement tendues. Au moins 49 militaires arméniens ont été tués ce mardi 13 septembre dans des affrontements de grande ampleur ayant éclaté dans la nuit, a annoncé Erevan. Il s'agit des combats les plus meurtriers entre les deux pays depuis la guerre en 2020.

"A l'heure actuelle, nous avons 49 (militaires) tués (...) et ce n'est malheureusement pas le nombre définitif", a déclaré le Premier ministre arménien Nikol Pachinian lors d'un discours devant le Parlement à Erevan. L'Azerbaïdjan a aussi reconnu des "pertes", mais sans donner de chiffre.

Qui a déclenché les hostilités ?

Les deux pays se rejettent la responsabilité : l'Azerbaïdjan a ainsi accusé l'Arménie "d'actes subversifs à grande échelle", ajoutant que des tirs de mortier arméniens avaient causé des "pertes" dans ses rangs. L'Arménie, de son côté, a accusé l'Azerbaïdjan "d'agression" et d'avoir initié les hostilités par un "bombardement intensif" de ses positions en direction de plusieurs villes comme Goris et Sotk.

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La Russie, qui revendique le rôle d'arbitre dans le Caucase, a annoncé avoir négocié un accord de cessez-le-feu en vigueur depuis 06 heures GMT. Cette éruption de violence intervient alors que Moscou, qui a déployé une force de maintien de la paix dans la région après la guerre de 2020, a les mains occupées avec sa difficile offensive militaire en Ukraine.

L'intensité des affrontements ce mardi à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a "fortement diminué", mais la situation reste "extrêmement tendue" en dépit d'un cessez-le-feu négocié par Moscou, a annoncé le ministère arménien de la Défense. "A 14 heures, la situation restait extrêmement tendue en certains points de la frontière (...) Malgré une forte diminution de l'intensité des bombardements, l'ennemi continue d'essayer d'avancer", a déclaré le ministère arménien de la Défense dans un communiqué.

Quelles sont les réactions internationales ?

Dans la nuit, les Etats-Unis se sont dits "extrêmement inquiets", appelant à une cessation immédiate des combats entre Bakou et Erevan. La Turquie, alliée de l'Azerbaïdjan, a de son côté appelé ce mardi l'Arménie à "cesser ses provocations et se concentrer sur les négociations de paix". L'Union européenne a elle appelé ce mardi à un arrêt des hostilités entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et a entrepris une médiation entre les deux pays, a annoncé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. "Il est impératif que les hostilités cessent et qu'il y ait un retour à la table des négociations (...) Le président (du Conseil) Charles Michel prend contact avec les dirigeants des deux pays et je m'entretiens aujourd'hui avec les ministres des Affaires étrangères respectifs", a-t-il précisé dans un communiqué.

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La France va pour sa part saisir le Conseil de sécurité de l'ONU. Le président français "continue d'appeler à un strict respect du cessez-le-feu et au respect de l'intégrité territoriale de l'Arménie", a ajouté l'Elysée. Il "se tient disponible" pour échanger avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et à "la disposition des parties pour que l'ensemble des questions ayant trait et résultant de ce conflit soient réglées exclusivement par la voie de la négociation".

Nikol Pachinian avait appelé la communauté internationale à réagir, lors d'entretiens avec plusieurs dirigeants étrangers dont les présidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron. "Avec cette escalade, l'Azerbaïdjan est en train de saper le processus de paix" en cours entre Erevan et Bakou avec la médiation de l'Union européenne, a déclaré le Premier ministre arménien.

Pourquoi des affrontements opposent-ils souvent ces pays ?

L'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux ex-républiques soviétiques rivales du Caucase, se vouent une haine tenace. Elles se sont affrontées lors de deux guerres au cours des trois dernières décennies pour le contrôle de la région du Nagorny Karabakh, une enclave majoritairement peuplée d'Arméniens ayant fait sécession de l'Azerbaïdjan en 1991 avec le soutien de l'Arménie.

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Après une première guerre qui a fait plus de 30 000 morts au début des années 1990, l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés à nouveau à l'automne 2020 pour le contrôle de cette région montagneuse. En six semaines, plus de 6500 personnes ont été tuées dans cette nouvelle guerre, perdue par l'Arménie. Avant le conflit de 2020, les combats récents les plus importants remontaient à avril 2016, y faisant quelque 110 morts.

Carte de l'Arménie et des territoires contrôlés par l'Arménie et l'Azerbaïdjan depuis la guerre entre les deux États en 2020

Carte de l'Arménie et des territoires contrôlés par l'Arménie et l'Azerbaïdjan depuis la guerre entre les deux États en 2020

© / afp.com

Dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu négocié en 2020 par Moscou, qui a déployé des soldats de maintien de la paix au Nagorny Karabakh, Erevan a cédé d'importants territoires à l'Azerbaïdjan. Cette issue a été vécue comme une humiliation en Arménie où plusieurs partis d'opposition réclament depuis la démission de Nikol Pachinian qu'ils accusent d'avoir fait trop de concessions à Bakou.

Si des heurts opposent régulièrement les deux pays le long de leur frontière commune depuis la fin de la guerre de 2020 et qu'un équilibre précaire règne, les combats de ce mardi sont les plus meurtriers depuis deux ans et constituent une escalade.