"Il est temps de tracer notre propre avenir en tant que nation européenne indépendante". Les mots sont forts, et le sont d'autant plus qu'ils viennent de la Première ministre écossaise en personne, Nicola Sturgeon, à l'annonce de la signature d'un accord commercial post-Brexit entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. "Le Brexit arrive contre la volonté du peuple d'Écosse et aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève", a-t-elle aussi clamé pour l'occasion.
Le 23 juin 2016, 51,89% des suffrages au Royaume-Uni s'étaient exprimés en faveur du "Leave", contre 48,11% contre. Mais l'Écosse et ses 2,68 millions de votants avaient largement voté contre le Brexit, avec 62% des voix.
Une opinion publique favorable
Désormais, la Première ministre écossaise veut profiter de la fin de cet épisode pour relancer le projet d'indépendance. Une première tentative s'était soldée de peu par un échec en septembre 2014. À la question "l'Écosse devrait-elle être un pays indépendant ?", les votants s'étaient prononcés à 55,3% en faveur du non. Un résultat qui avait d'ailleurs provoqué la démission du Premier ministre Alex Salmond.
Depuis, le Parti national écossais, dirigé par la Première ministre, a connu une victoire éclatante aux élections de décembre 2019 en glanant 49 sièges sur les 59. Après le scrutin, Nicola Sturgeon avait de nouveau appelé à l'organisation d'un second référendum. Et l'opinion publique semble y être de plus en plus favorable. Pas moins de quatorze sondages sur l'indépendance écossaise ont récolté plus de 50% de réponses positives, rappelle France Inter.
Londres pourrait céder
Du côté de Londres, l'idée d'un référendum a toujours été mal vue. Lorsque Theresa May était encore Première ministre, elle n'avait pas hésité à égratigner sa collègue écossaise lors d'une visite à Glasgow, dénonçant son "obsession" pour l'indépendance de l'Écosse. Dans les négociations pour le Brexit, elle avait aussi refusé un droit de véto à l'Écosse. Boris Johnson n'a d'ailleurs pas dévié de la ligne directrice tracée par sa prédécesseuse.
Le 14 janvier 2020, il avait formellement rejeté la demande du gouvernement écossais d'autoriser la tenue d'un nouveau référendum. "Le gouvernement britannique continuera à respecter la décision démocratique du peuple écossais et la promesse que vous lui avez faite. C'est pourquoi je ne peux accepter un transfert de pouvoir pour organiser un futur référendum d'indépendance", avait-il répondu à Nicola Sturgeon.
Le 31 décembre prochain, le droit de l'Union européenne cessera de s'appliquer au Royaume-Uni. L'accord signé entre Londres et Bruxelles entrera alors officiellement en vigueur, actant définitivement le Brexit. Un argument de poids pour Nicola Sturgeon qui compte bien renégocier avec Boris Johnson, dont dépendra tout de même la décision finale pour l'organisation du scrutin.