Parmi les figures de l'opposition en Russie, il y avait Boris Nemtsov. L'ancien vice-premier ministre de Boris Elstine a été assassiné samedi devant le Kremlin, un acte qui rappelle la longue liste des assassinats politiques commis dans le pays.
Pour faire taire l'opposition, Moscou use et abuse de l'arme des tribunaux, et force parfois ses adversaires à l'exil.
Alexeï Navalny, (encore) poursuivi par la justice
Le principal opposant de Vladimir Poutine est fréquemment poursuivi en justice. En 2013, il a été condamné à cinq ans de camp dans trois affaires de détournement, d'escroquerie et de blanchiment d'argent, avant d'être libéré provisoirement et d'entamer une campagne électorale pour briguer la mairie de Moscou. Sans réelle surprise, le maire sortant, candidat de Vladimir Poutine, l'a emporté.
Mais Alexeï Navalny n'en avait pas fini avec la justice. En décembre 2014, il a été reconnu coupable dans une affaire l'opposant à l'entreprise française Yves Rocher et condamné à trois ans et six mois de prison avec sursis. La justice a rejeté sa demande d'appel. Puis, le 20 février 2015, il a été condamné à 15 jours de prison pour avoir distribué des tracts.
Navalny, décidé à dénoncer la corruption des élites et à provoquer un changement de régime est fréquemment accusé par ses détracteurs de recevoir des aides de l'Occident pour parvenir à ses fins. Force est de constater que l'avantage -pour l'instant?- va à Moscou.
Mikhaïl Khodorkovski, militant en ligne
Autre figure connue de l'opposition russe, Mikhaïl Khodorkovski vit en exil depuis sa libération en décembre 2013. Il a été gracié par Vladimir Poutine -une décision bienvenue à l'approche des JO de Sotchi- après avoir purgé 10 ans de camp.
En septembre dernier, l'ancien PDG de Ioukos, qui avait promis de ne plus se mêler de politique, a lancé le mouvement "Russie ouverte". Sur Internet, puisqu'il est persona non grata dans son pays, sous le coup de poursuites judiciaires pour des raisons fiscales.
Mais l'opposition peut elle se construire de l'extérieur du pays? Mikhaïl Khodorkovski y croit. "La baisse de popularité de Vladimir Poutine est constante, et l'expansion territoriale n'améliore pas la vie de la société. Il aura du mal à rester au pouvoir. On ne sait jamais à l'avance ce qui peut détruire un régime totalitaire, mais c'est ce qui nous attend", assurait l'opposant lors d'une conférence donnée à Paris en octobre avec l'économiste Sergueï Gouriev.
Garry Kasparov et Sergueï Gouriev, en exil
Comme Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien champion d'échec Garry Kasparov et l'économiste Sergueï Gouriev ont quitté leur pays. Le premier a obtenu la citoyenneté croate en mars 2014 et se fait surtout porte-parole de l'opposition à l'étranger. Le second a trouvé refuge en France en mai 2013, alors qu'il était manifestement dans le collimateur de la justice russe.
Sergueï Gouriev faisait partie d'un comité d'experts indépendants, chargé d'évaluer la pertinence d'une condamnation de Mikhaïl Khodorkovski. Il s'est souvent montré très critique envers le pouvoir russe et dénoncé la corruption. En octobre, il déclarait: "En Russie, il n'y a pas eu d'élection libre depuis 10 ans, il n'y a pas de sondage de la population, pas de télé-débat avec le président."
Une longue liste d'opposants sous surveillance
A cette liste s'ajoutent d'autres noms, plus ou moins connus en France, comme ceux des Pussy Riot ou d'Edouard Limonov. Il faut aussi citer Sergueï Oudaltsov, chef de file du Front de gauche, condamné à l'été 2014 à quatre ans et demi de camp pour son rôle dans les manifestations anti-Poutine de l'hiver 2011-2012. L'activiste Leonid Razvozjaev, reconnu coupable pour les mêmes faits, a subi la même sentence.
En vertu de leurs activités jugées "politiques", certaines structures sont visées par une loi de 2012 qui les oblige à s'inscrire comme "agent de l'étranger" dès lors qu'elles reçoivent des financements extérieurs à la Russie. En 2013, l'institut de sondage indépendant Levada était dans le collimateur de la justice pour cette raison. L'an dernier, c'est l'ONG d'archives de la Russie soviétique Memorial qui a été visée. Signe que l'opposition est traquée dans les moindres recoins.