Olaf Scholz l'a promis. Après son investiture dans la semaine du 6 au 10 décembre, son premier voyage officiel de chancelier le mènera Paris, selon une tradition bien établie. A l'Élysée, Emmanuel Macron aura donc l'occasion de lui dire en face-à-face ce qu'il pense de l'accord de coalition conclu par les sociaux-démocrates avec les Verts et les libéraux, dévoilé mercredi 24 novembre. Probablement du bien : ce texte proeuropéen contient un certain nombre d'éléments qui vont dans son sens. Dans une communiqué, le quai d'Orsay a "salué" l'accord et ajouté souhaiter "travailler rapidement avec le prochain gouvernement allemand sur des questions d'intérêt commun".

Le premier point positif du contrat est le renforcement du "couple" formé par Paris et Berlin. Certes, celui-ci a plutôt bien fonctionné avec Angela Merkel, ces dernières années. Mais le prochain gouvernement promet d'être "guidé par un partenariat franco-allemand fort". Le contrat évoque aussi à plusieurs reprises la nécessité d'une "souveraineté stratégique de l'Europe", en écho à "l'autonomie stratégique européenne" défendue depuis plusieurs années par le président français. "Une telle évocation directe est une avancée pour la France, estime Paul Maurice, chercheur au comité d'études des relations franco-allemandes de l'Ifri. La question, c'est de savoir ce qu'on entend par stratégie européenne."

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Justement, l'accord présenté mercredi apporte son soutien aux travaux actuels de la "boussole stratégique", lancés par Bruxelles pour fixer la politique de sécurité et défense de l'Union européenne. Un engagement important pour la France, à qui il revient justement de faire entériner cette feuille de route par les Vingt-Sept, en mars, alors qu'elle assurera la présidence tournante du Conseil de l'UE.

Convergence pour plus d'Europe

Emmanuel Macron plaide depuis ses débuts pour une modification des traités afin de donner plus de poids à l'Europe. Bonne nouvelle : la coalition se montre favorable à une telle révision avec, comme objectif, l'idée de "poursuivre le développement d'un Etat fédéral européen". Elle défend ainsi la fin de l'unanimité au Conseil sur certains sujets, dont la politique étrangère, comme le souhaite le président français. De quoi empêcher des pays de bloquer certaines décisions, comme lorsque la Hongrie avait mis son véto à une déclaration dénonçant l'action de la Chine à Hongkong.

Autre motif de satisfaction pour Paris : le contrat se prononce en faveur de listes "transnationales" pour les prochaines élections européennes, en 2024, comme il l'avait demandé pour les précédentes. Pas sûr qu'il apprécie, néanmoins, le retour au système du "Spitzenkandidat", qui prévoit que le président de la Commission européenne soit le chef de file désigné par le parti en tête du scrutin. Lors des élections de 2019, le président français avait pesé pour obtenir la désignation d'une outsider à la tête de la Commission, Ursula von der Leyen.

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Tensions possibles sur les questions budgétaires

Sur les questions économiques, la prochaine nomination d'un libéral attaché à l'orthodoxie budgétaire au ministère des Finances - probablement Christian Lindner - n'est, en revanche, pas une bonne nouvelle pour l'Élysée, même si ce n'est pas une surprise. Le contrat précise bien que le fonds de relance de l'UE financé par une mutualisation de la dette est "un instrument limité dans le temps et en montant". Il défend aussi le retour, en 2023, au pacte de stabilité de la zone euro (limitation des déficits publics à 3% et de la dette à 60% du produit intérieur brut), suspendu avec la crise du Covid-19.

Mais le verre n'est qu'à moitié vide : le texte laisse la porte ouverte à une modification des règles budgétaires en ce qui concerne les investissements verts. Sur ce point, Lindner a fait une concession à ses partenaires de coalition. Il s'est également donné des marges de négociations avec le ministre de l'Economie français, Bruno Le Maire. Toute l'habileté de ce contrat de coalition est là : dans le fait d'envisager l'action du prochain gouvernement en complémentarité avec celui de la France, avec l'intérêt européen pour horizon. Reste à voir jusqu'où ira, dans les faits, l'entente du couple franco-allemand.