En Afrique, il n'y a pas que le Covid-19 qui inquiète. Trois personnes sont décédées de la fièvre hémorragique Ebola en Guinée, ces derniers jours. Sept cas ont été détectés. "Cette situation met la Guinée en situation d'épidémie d'Ebola", a annoncé dimanche le patron de l'agence sanitaire guinéenne, Sakoba Keïta.

L'Organisation mondiale de la Santé a vite réagi. "Nous allons déployer rapidement les capacités nécessaires pour appuyer la Guinée, qui a déjà une grande expérience", a déclaré devant la presse le professeur Alfred George Ki-Zerbo, représentant de l'agence de l'ONU, à Conakry, à l'issue d'une réunion. Du personnel médical et des vaccins sont en route.

La nouvelle préoccupe les autorités, et pour cause : il s'agit de la première résurgence signalée de la maladie en Afrique de l'Ouest, d'où était partie la pire épidémie de l'histoire qui avait fait plus de 11 300 morts entre 2013 et 2016. Elle intervient, également, une semaine après sa réapparition en République démocratique du Congo (RDC), lieu de la deuxième épidémie la plus mortelle d'Ebola ces dernières années.

Que se passe-t-il en Guinée ?

Le premier cas a été détecté chez une infirmière de la sous-préfecture de Gouéké, décédée fin janvier. Elle a ensuite été inhumée le 1er février. "Parmi ceux qui ont participé à l'enterrement, huit personnes ont présenté des signes : diarrhées, vomissements et saignements. Trois d'entre eux sont décédés et quatre autres sont hospitalisés à Nzérékoré", a indiqué Sakoba Keïta, cité par le site GuinéeMatin. Selon lui, un patient s'était "échappé" mais a été retrouvé et a été hospitalisé à Conakry.

"Nous avons pris toutes les dispositions, une équipe d'alerte est sur place pour identifier les cas contact", a confié le ministre de la Santé, Rémy Lamah. "Je suis inquiet en tant qu'humain, mais je reste serein car on a géré la première épidémie et la vaccination est possible. Il y aura une réunion de crise demain" (ce dimanche), a-t-il ajouté.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a été "informée de deux cas possibles d'Ebola en Guinée-Conakry". Un "dépistage de confirmation est en cours", a ajouté sur Twitter le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le Libéria voisin se tient en alerte. Ces nouveaux cas sont apparus dans la région de Guinée forestière, non loin de la frontière.

Deux morts en RDC

La RDC vit également sous la menace d'Ebola. Jeudi, un deuxième décès lié à la maladie a été enregistré, selon le bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le pays. Ce décès a un lien épidémiologique avec le premier détecté, il y a un peu moins d'une semaine.

Cette récente résurgence de la maladie à virus intervient seulement trois mois après la fin de la précédente épidémie dans la région. Un peu plus de six après l'une des plus meurtrières, avec 2 299 morts.

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"Aucun personnel de santé" n'est toutefois infecté, selon un rapport conjoint du ministère provincial de la Santé et l'OMS daté de mercredi, consulté par l'AFP. Selon ce document, 110 contacts étaient suivis sur un total de 182 identifiés, et les "préparatifs pour l'expédition du vaccin" dans la région de Butembo où est située la zone de santé de Biene sont en cours.

Comme par le passé, les équipes de riposte contre Ebola sont confrontées à plusieurs défis dont l'"insuffisance de ressources financières pour couvrir les besoins de la riposte" ou encore le déni de la maladie. Le rapport fait état de la "résistance du côté des membres de la famille du premier cas pour accepter le résultat positif Ebola de la défunte".

Le vaccin, source d'espoir

En Guinée, "la situation par rapport à 2014 est très différente, puisque à l'époque, on avait mis 3,5 mois pour le diagnostic alors que cette fois-ci on a mis moins de deux semaines", a relevé Sakoba Keïta. "Sans compter que le vaccin aussi existe et est à portée de main à Genève", le siège de l'OMS, a-t-il ajouté.

Ebola, découvert en 2016 en RDC, ne dispose pour l'heure d'aucun traitement homologué. Comme le coronavirus, plusieurs espèces existent. Cinq, au total, d'après l'agence onusienne : Zaïre, Bundibugyo, Soudan, Reston et Forêt de Taï. Les trois premiers sont à l'origine d'importantes épidémies sur le continent africain. Le Zaïre est considéré comme le plus meurtrier, à l'origine des flambées les plus graves. Le taux de létalité moyen est d'environ 50% selon l'OMS.

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Mais deux vaccins expérimentaux existent contre cette souche spécifique. Le premier, rVSV-ZEBOV, a déjà été inoculé à près de 300 000 personnes il y a deux ans, en RDC, afin de mettre fin à un début d'épidémie.

Un autre sérum, des laboratoires américains Johnson&Johnson, a été introduit en octobre 2019 à titre préventif dans les zones où le virus est absent, et plus de 20 000 personnes vaccinées.

Une maladie difficile à maîtriser depuis 2013

Partie en décembre 2013 de Guinée forestière, avant de se propager au Liberia et à la Sierra Leone voisins, l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest s'était achevée en 2016 après avoir atteint 10 pays, dont l'Espagne et les Etats-Unis, provoquant plus de 11 300 morts pour quelque 28 600 cas recensés, à plus de 99% en Guinée (2 500 morts), au Liberia et en Sierra Leone.

Ce bilan, sous-évalué de l'aveu même de l'OMS, est sept fois supérieur en nombre de morts à celui cumulé de toutes les précédentes épidémies d'Ebola depuis 1976.

Ebola peine à être éradiquée du continent africain. Et ce, malgré sa propagation plus lente et plus difficile que pour la grippe ou le Covid-19. Lors d'une épidémie, Ebola se transmet entre humains par contacts directs et étroits. Une personne saine est contaminée par les "fluides corporels" d'une personne malade: sang, vomissures, matières fécales...

Après une période d'incubation de 2 à 21 jours (en moyenne autour de cinq jours), Ebola se manifeste par une brusque fièvre, avec une faiblesse intense, des douleurs musculaires et articulaires, des maux de tête et de gorge et, dans certains cas, des hémorragies. Des séquelles ont été fréquemment observées chez les survivants : arthrite, problèmes de vue, inflammation de l'oeil et troubles de l'audition.