"L'une des journées les plus sombres de notre histoire", comme avait dit avec émotion la Première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern. Le 15 mars 2019, le massacre de Christchurch avait fait 51 morts dans deux mosquées. Équipé d'une caméra, le tueur avait filmé ses meurtres en direct, dont les images avaient été partagées sur internet et largement diffusées.

Deux ans plus tard, le président Emmanuel Macron passe le week-end au Fort de Brégançon (Var), d'où il réunira dès ce vendredi soir en visioconférence les leaders signataires de "l'appel de Christchurch" contre les contenus terroristes et extrémistes en ligne, a indiqué l'Elysée, confirmant des informations de Nice-Matin et Var-Matin. Cet appel avait été lancé par les deux dirigeants le 15 mai 2019.

Plusieurs avancées

Avec la Première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern, il "fera le point sur les avancées réalisées" pour obtenir des plateformes numériques le blocage de ces contenus. Ce mouvement qui vise à empêcher la diffusion d'images ou de contenus produits par les groupes terroristes lors d'attentats a notamment débouché sur une réforme du Forum mondial d'internet contre le terrorisme (GIFCT), initialement fondé par Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube, et désormais devenu un lieu d'échange entre gouvernements et acteurs de l'internet pour bloquer la diffusion de contenus terroristes.

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Selon le ministère des Affaires étrangères, des groupes de travail ont été mis en place au sein du GIFCT. Ils travaillent sur trois axes : "la recherche sur l'utilisation d'Internet par les terroristes et extrémistes violents afin de mieux comprendre ce phénomène", "la lutte contre l'enfermement algorithmique", et "l'élaboration d'un cadre commun de partage des donnés respectant la vie privée et les droits fondamentaux des utilisateurs".

Selon l'Elysée, cette initiative implique désormais 52 Etats, la Commission européenne, dix grandes entreprises et plateformes de l'internet mondial et plusieurs dizaines d'associations de la société civile.

Les Etats-Unis rejoignent finalement l'appel

Vendredi dernier, les Etats-Unis ont annoncé se joindre à ce mouvement auquel Donald Trump avait refusé de s'associer. Washington "va rejoindre 'l'appel de Christchurch à agir contre le terrorisme et l'extrémisme violent en ligne', un engagement mondial de gouvernements et partenaires technologiques à travailler ensemble pour lutter contre les contenus terroristes et extrémistes violents en ligne", a indiqué Jen Psaki, la porte-parole de la Maison-Blanche.

"Lutter contre l'utilisation que font d'internet les terroristes et extrémistes violents pour radicaliser et recruter (d'autres personnes) est une importante priorité des Etats-Unis. Se joindre à la coalition de gouvernements et d'entreprises qui ont soutenu l'appel de Christchurch renforce le besoin d'action collective", a souligné Jen Psaki, la porte-parole de la Maison-Blanche.

En 2019, les Etats-Unis avaient justifié leur décision de ne pas se ranger derrière l'appel par une volonté de protéger la liberté d'expression, tout en affirmant soutenir les objectifs de cette initiative. "En se joignant à l'appel de Christchurch, les Etats-Unis ne prendront pas de mesures qui violeraient les libertés d'expression et d'association protégées par le premier amendement de la Constitution américaine, ni ne violeront les attentes raisonnables en matière de vie privée", a assuré la Maison-Blanche vendredi.

Toujours des difficultés

Emmanuel Macron s'est "réjoui" le lendemain de l'annonce américaine. "La menace omniprésente des contenus terroristes et de haine en ligne (...) constitue un problème mondial qui exige une riposte coordonnée des gouvernements, des entreprises de l'internet et de la société civile, unis en faveur d'un internet libre, ouvert et sûr", avait rapporté le chef de l'Etat, selon un communiqué de l'Elysée.

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Malgré les avancées, des freins demeurent. "L'appel est creux, générique et plein de bonnes intentions. Il n'a aucune dimension contraignante pour les parties concernées", explique le chercheur en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Nantes, Olivier Ertzscheid, à 20 Minutes.

Concernant le rôle décrié des algorithmes lors de ces drames, il pointe cette limite : "Le premier ressort économique de ces entreprises, c'est la viralité. Tant que cette logique demeure, les contenus clivants, violents, radicaux ne disparaîtront pas." Résultat : "Embaucher des milliers de modérateurs et améliorer les filtres algorithmiques, cela ne règle pas le problème, ça permet simplement de circonscrire l'incendie".