Ce mardi 1er novembre, 4,3 millions d'électeurs danois sont appelés aux urnes pour élire un nouveau chef de gouvernement, sept mois plus tôt que prévu. Sur une scène politique morcelée entre 14 partis, aucun des deux blocs principaux, les sociaux libéraux et la droite, n'obtient une majorité de 90 sièges sur les 179 que compte le Folketinget, le Parlement local, selon les sondages.

Pourquoi les élections sont-elles anticipées ?

Mette Frederiksen est la Première ministre à la tête d'un gouvernement social-démocrate minoritaire depuis juin 2019. Début octobre, elle a été poussée à organiser de nouvelles élections générales car ses alliés au Parlement, dont les sociaux-libéraux (Radikale Venstre), menaçaient de voter contre elle une motion de défiance. L'objet des tensions : l'inflation, particulièrement galopante au Danemark. Aussi, sa popularité avait commencé à s'éroder pendant la crise du Covid-19, lorsqu'elle a donné l'ordre d'abattre tout le cheptel de visons d'élevage du pays, pour lutter contre la pandémie.

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Face aux pressions et pour éviter l'humiliation, la cheffe de l'exécutif danois a donc convoqué de nouvelles élections sept mois plus tôt que prévu. En effet, son mandat devait se terminer en juin 2023.

Comment fonctionnent ces élections au Danemark ?

Le Danemark est une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire. Quatre types de scrutins existent : les élections législatives, les européennes, les municipales et les régionales. Les élections législatives sont celles qui consacrent le chef du gouvernement en fonction de la majorité qui se dégage au Parlement. Les mandats des députés et du chef de gouvernement sont prévus pour quatre ans.

Le Danemark "métropolitain" dispose de 175 sièges, tandis que deux sièges sont attribués au Groenland et deux autres aux îles Féroé (situées entre l'Islande et la Norvège, dans l'océan Atlantique Nord).

Le système de vote danois est particulier : 135 sièges sont pourvus directement à la représentation proportionnelle dans 10 circonscriptions. 40 sièges servent de complément là où c'est nécessaire pour s'assurer de la proportionnalité. Les électeurs ont la possibilité de voter pour un parti, ou d'effectuer un vote préférentiel directement pour un candidat figurant dans la liste d'un parti. A ces 135 sièges, s'ajoutent 40 autres destinés à lisser un éventuel décalage entre la part des voix des partis et leurs parts de sièges, afin d'atteindre une meilleure représentativité de l'électorat.

Qui sont les candidats ?

L'actuelle Première ministre, Mette Frederiksen, est la favorite de ce scrutin. D'après les sondages, 58% des Danois estiment qu'elle est la mieux placée pour diriger le pays. A 44 ans, l'actuelle cheffe du gouvernement incarne le centre gauche acquis à la rigueur migratoire décomplexée au nom de la défense de l'Etat-providence. Issue d'une famille sociale-démocrate de longue date, fille d'un ouvrier typographe et députée depuis ses 24 ans en 2001, elle entend rester à son poste, pour lequel elle a la confiance d'une majorité des électeurs.

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Face à elle, Jakob Ellemann-Jensen, candidat du parti libéral est le second candidat crédité d'un grand nombre d'intentions de vote. Après une petite carrière comme militaire, puis comme avocat, Jakob Elleman-Jensen a fini par suivre la vocation familiale. Son père, Uffe Ellemann-Jensen, a été président du parti libéral (1984-1998) et ministre des Affaires étrangères (1982-1993). Tandis que son grand-père a siégé au Parlement et que sa soeur y siège actuellement. Jakob Elleman-Jensen est à la tête du parti libéral depuis 2019. Un parti effrité, puisque se présente face à lui Lars Løkke Rasmussen, ancien Premier ministre (2009-2011 et 2015-2019) et ex-président du parti libéral. Il a créé un nouveau parti, 'les Modérés', qui se place au centre de l'échiquier politique. D'après les observateurs, il réalise une très bonne campagne et sa formation est passée de 1,8% des intentions de vote à 11,5% en un peu plus d'un mois dans les sondages.

Le parti conservateur présente de son côté Søren Pape Poulsen, depuis huit ans son président, et longtemps considéré par les électeurs comme l'homme politique le plus crédible à droite. Sa popularité a récemment été émaillée. Ancien ministre de la Justice, il a par ailleurs porté en 2018 l'interdiction du port du voile intégral dans l'espace public. Il est crédité de 6% des intentions de vote, soit 10 points de moins qu'il y a deux mois.

Pourquoi une majorité est difficile à atteindre ?

Sur une scène politique morcelée entre 14 partis, aucun des deux blocs principaux n'obtient une majorité de 90 sièges sur les 179 que compte le Parlement local, selon les sondages. Le bloc "rouge" de la sociale-démocrate Mette Frederiksen, composé de cinq partis de gauche, est crédité de 49,1% des intentions de vote, soit 85 sièges, contre 40,9% ou 72 sièges pour le bloc "bleu" qui englobe trois formations de droite populiste. Au centre, les "Modérés", parti récemment fondé par l'ancien Premier ministre libéral Lars Løkke Rasmussen, rassemble 10% des intentions de vote (18 sièges). Crédité pour sa solide expérience, Lars Løkke Rasmussen souffle le chaud et le froid, refusant de prendre position pour l'un des deux blocs.

Dans leurs efforts pour attirer un électorat centriste, souvent plus volatil, les sociaux-démocrates ont prévenu qu'ils désiraient gouverner au-delà des clivages traditionnels et ont repris l'idée formulée par "les Modérés" d'un gouvernement d'union. La droite, qui a fait campagne sur les baisses d'impôts et le renforcement du système de santé, a refusé cette main tendue.