Les Américains visent de nouveau la lune avec le programme Artémis. Sa première mission devait décoller, ce lundi 29 août, depuis la Floride, donnant le coup d'envoi du programme américain de retour sur le satellite. Mais en raison d'un problème technique sur l'un des moteurs principaux de l'engin, le lancement a été reporté de facto d'au minimum quelques jours. Le but de ce voyage ambitieux est d'envoyer la première femme et la première personne de couleur sur la surface lunaire. Son nom a été choisi en écho au programme Apollo, ayant emmené les seuls 12 hommes à avoir jamais marché sur la Lune, entre 1969 et 1972. Rien que le nom de la mission est évocateur : Artémis, dans la mythologie grecque, est la soeur jumelle d'Apollon (Apollo en anglais) et une déesse associée à la Lune. Les différentes missions d'Artemis doivent tenir la planète en haleine jusqu'à la fin de la décennie. Avant l'objectif final : permettre aux humains de se rendre sur la planète Mars.
Artémis-1 : le vol test
La fusée la plus puissante mise au point par la Nasa devait décoller ce lundi matin (8h33, heure locale, 14h33 en France) depuis la Floride. Entre 100 000 et 200 000 visiteurs étaient attendus pour le lancement de cette mission nommée Artémis-1, qui devait propulser une capsule à vide jusqu'à la Lune. La vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, devait assister au décollage. Les équipes de la Nasa doivent désormais évaluer les raisons précises du problème technique qui a provoqué l'annulation du décollage. La prochaine date de lancement possible est vendredi 2 septembre, puis le 5 septembre.
Il s'agit d'un premier essai pour la mission Artémis-1 qui doit tester sans équipage la nouvelle fusée géante de la Nasa, baptisée SLS, pour Space Launch System, ainsi que la capsule Orion à son sommet, qui servira à transporter des astronautes en toute sécurité à l'avenir. Orion ira se placer en orbite autour de la Lune avant de revenir sur Terre.
Pour cette fois, seuls trois humanoïdes sont à bord, équipés de capteurs permettant d'enregistrer vibrations et taux de radiations. Ils serviront à mesurer la charge de rayonnement qui sera ressenti par les astronautes afin d'évaluer comment les protéger au mieux. Des caméras embarquées permettront de suivre ce voyage de 42 jours au total. La capsule va effectuer une fois et demie le tour de la Lune avant de revenir vers la Terre.
Pour la Nasa, l'évènement aussi hautement important, puisqu'elle se prépare au décollage depuis plus d'une décennie. Un échec complet resterait dévastateur, pour une fusée au budget faramineux (4,1 milliards par lancement, selon un audit public) et en retard (commandée par le Congrès américain en 2010, avec un décollage initialement attendu pour 2017).
L'Europe aussi s'envole
Avec son module de service ESM pour la mission américaine Artemis, l'Agence spatiale européenne (ESA) se voit confier pour la première fois par la Nasa la responsabilité d'un système critique pour la réussite d'une future mission habitée. L'ESM (European Service Module), fabriqué par Airbus, avec la contribution de dix pays membres, est placé sous la capsule Orion.
Ce cylindre d'environ quatre mètres de diamètre et de hauteur, pour une masse dépassant les 13 tonnes, va mener la capsule vers et autour de la Lune après la séparation de l'étage principal du lanceur SLS, environ huit minutes après le décollage.
Non pressurisé, l'ESM va aussi fournir à la capsule Orion l'électricité - à l'aide de quatre panneaux solaires -, l'eau, l'oxygène et le contrôle thermique essentiels à la vie des astronautes qui y voyageront dès la deuxième mission Artemis. Le module effectuera des manoeuvres orbitales et de contrôle d'attitude d'Orion et pourra même ultérieurement servir à transporter du fret supplémentaire vers la future station orbitale lunaire Gateway.
Sur Twitter, l'Agence spatiale européenne parle d'un "moment historique pour l'Europe."
Une première femme sur la lune en 2025
Prévue pour 2024, Artémis-2 emmènera des astronautes jusqu'à la Lune, mais sans y atterrir, comme l'avait fait Apollo 8. La composition de l'équipage doit être annoncée d'ici la fin de l'année. On sait déjà qu'un Canadien en fera partie et deviendra ainsi le premier à se rendre dans l'espace lointain. L'Artémis-3 est prévue pour 2025 et sera la première du programme à faire atterrir des astronautes - dont la première femme - sur la Lune. Ils arriveront pour la première fois sur le pôle Sud de la Lune, où la présence d'eau sous forme de glace a été confirmée, et non près de l'équateur comme pendant Apollo.
L'ESA espère aussi pouvoir faire partir du voyage, peut-être sur les missions Artemis-4 ou 5, afin de voir le premier Européen poser le pied sur la Lune "avant la fin de cette décennie". Les négociations sont toujours en cours avec la Nasa.
La Nasa a sélectionné SpaceX pour construire l'alunisseur d'Artémis-3. Concrètement, cet alunisseur fera la navette entre la capsule Orion et la surface lunaire: une fois arrivée en orbite autour de la Lune, la capsule s'arrimera à l'engin, envoyé séparément en amont, qui sera alors chargé de descendre les astronautes jusqu'à la surface, puis de les remonter. C'est ensuite à bord d'Orion qu'ils reviendront sur Terre.
La lune, un tremplin vers Mars ?
Paradoxalement, l'astre réellement visé par programme Artémis n'est pas la Lune, mais Mars. La Nasa souhaite tester les technologies nécessaires à l'envoi de premiers humains vers la planète rouge: nouvelles combinaisons, véhicule pour se déplacer, mini-centrale électrique, utilisation de l'eau lunaire...La création d'une base sur la surface de la Lune est envisagée. Le programme Artémis inclut également la construction d'une station en orbite autour de la Lune, baptisée Gateway, qui devra ensuite servir d'étape avant les futurs voyages vers Mars.
La mission Artémis, un message envoyé à la Chine
Le programme Artémis a aussi pour but d'incarner l'avenir de l'agence spatiale, et de prouver qu'elle est toujours capable de rivaliser, notamment face aux ambitions de la Chine ou de SpaceX. Quand les Américains ont relancé la course à la lune en 2019, la Chine avait annoncé, la même année, son intention de poser un homme sur le satellite vers 2030. Depuis quelques décennies, le régime communiste s'est doté d'un régime spatial impressionnant, en y injectant des milliards d'euros dans son programme spatial. La Chine a envoyé son premier astronaute dans l'espace en 2003 et ne compte pas s'arrêter là.
