La sentence n'est pas encore tombée, mais le motif des poursuites laisse craindre le pire. Détenu en Iran depuis un an, le Français Benjamin Brière, va y être jugé pour "espionnage" et "propagande" contre le système politique de la République islamique a annoncé, ce dimanche, l'avocat du ressortissant français. Dans ce pays du Golfe persique, l'espionnage est passible de la peine de mort et la propagande contre le système de trois mois à un an de prison. Quelques jours avant cette annonce, la soeur du prisonnier, Blandine Brière, avait supplié le président Emmanuel Macron d'intervenir.

Son frère a été arrêté en mai 2020 alors qu'il traversait l'Iran en touriste. Le trentenaire est accusé d'espionnage pour "des photographies de zones interdites" prises avec un drone de loisir dans un parc naturel dans le pays. Mais ce prisonnier n'est pas le premier citoyen français à échouer dans les filets des autorités iraniennes. Sur la liste des arrestations qui ont fait du bruit, celle de l'universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah, appréhendée en juin 2019. En mai 2020, la spécialiste du chiisme a été condamnée à cinq ans de prison pour "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale". En octobre, l'anthropologue a été assignée à résidence.

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Alors que la chercheuse est toujours sous le coup d'une condamnation, son compagnon Roland Marchal avait, lui aussi, été arrêté le 5 juin 2019 avant d'être libéré de prison en mars 2020. "Les premières semaines, j'étais presque privé de lumière naturelle. Je devais reconquérir le contrôle du temps. C'est monotone, très difficile à vivre", racontait l'Africaniste sur France Inter et RFI. Au total, plus d'une douzaine de détenteurs de passeports occidentaux sont retenus en République islamique d'Iran - la plupart sont binationaux. Mais leur nombre dans les geôles iraniennes pourrait être plus important craignent des militants des droits humains.

Les ressortissants britanniques et américains visés

Téhéran, qui ne reconnaît pas la double nationalité, affirme que toutes les personnes détenues ont été soumises à une procédure judiciaire appropriée. Mais elle n'a pas non plus exclu des échanges avec des prisonniers détenus en Occident. De leurs côtés, les ONG perçoivent ces arrestations comme une politique de prise d'otages destinée à obtenir des concessions des puissances étrangères. En effet, les personnes peuvent être utilisées comme monnaie d'échange si la situation entre l'Occident et l'Iran venait à se détériorer davantage. Leurs soutiens les disent innocents et victimes d'un jeu politique qui ne les concerne pas.

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Il faut dire que le contexte est tendu entre les Occidentaux et les Iraniens. Actuellement, Téhéran est soumis à d'importantes sanctions internationales, notamment de la part de Washington. En 2018, l'ex-président américain Donald Trump a infligé un camouflet à son homologue perse en sortant unilatéralement les Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien, conclu trois ans plus tôt entre l'Iran et la communauté internationale. Les tensions entre les deux puissances avaient connu une escalade, début 2020, marquée par l'assassinat du général iranien Qassem Souleimani - entraînant une vive inquiétude de la part de la famille des détenus.

Ainsi, les ressortissants américains et britanniques seraient les plus visés par les autorités iraniennes. "On estime à 15 le nombre de ressortissants de ces deux pays actuellement derrière les barreaux en Iran", rapporte The Daily Telegraph. Parmi les ressortissants américains coincés dans les geôles américaines : l'homme d'affaires irano-américain Siamak Namazi. Arrêté en octobre 2015, le détenu a marqué son 2000e jour derrière les barreaux, le 3 avril dernier. Son père Mohammad Baquer Namazi a été interpellé en février 2016 alors qu'il s'était rendu en Iran pour tenter de libérer son fils. Ils ont tous deux été condamnés à 10 ans en octobre 2016 pour espionnage. Baquer a été placé en résidence surveillée en 2018 pour raisons de santé.

"Une tactique de négociation"

Même quand les peines arrivent à leur fin, elles sont immédiatement prolongées. Comment dans le cas de l'Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe. Interpellée en avril 2016 après avoir rendu visite à sa famille, elle a été reconnue coupable de complot en vue de renverser le régime. Sa peine de cinq ans purgée, elle est rentrée dans sa famille à Téhéran. Mais le 26 avril, un nouveau coup de massue s'abat sur cette mère de famille. Une nouvelle peine d'un an de prison est prononcée, et elle est assortie d'un an d'interdiction de quitter l'Iran pour "propagande contre le système". Le dossier est vecteur de tensions entre Londres et Téhéran depuis de nombreuses années.

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Pour son mari, Richard Ratcliffe, sa femme emprisonnée est victime d'un jeu politique. Au micro du média britannique la BBC, il avait dénoncé la nouvelle condamnation comme "une tactique de négociation" pour sauver l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien. De son côté, le gouvernement britannique a rappelé qu'il mettait toute son énergie sur ce sujet devenu brûlant sur le plan politique. "Ce n'est pas normal du tout", s'est indigné le premier ministre britannique, Boris Johnson. Ce dernier a assuré que Londres comptait "travailler très dur" pour libérer la prisonnière.

L'Iran a aussi emprisonné des citoyens allemands à l'instar de Nahid Taghavi, 66 ans. Elle a été arrêtée en octobre 2020 et est accusée de "mise en danger de la sécurité de l'Etat". Sa famille a alerté en avril 2021 sur le fait qu'elle avait été renvoyée à l'isolement. Par ailleurs des ressortissants autrichiens, suédois ou encore canadien croupissent aussi dans les prisons iraniennes. Parfois, les détails de la détention restent extrêmement flous. Habib Chaab, un dissident irano-suédois, a disparu lors d'une visite en Turquie en octobre 2020 et est détenu en Iran. Accusé d'être une figure de proue d'un groupe séparatiste arabe, on ignore exactement où il est détenu.