Une canicule jamais vue en soixante ans, une sécheresse inédite, des incendies monstres. Comme beaucoup de pays, et peut-être plus encore, la Chine a vécu un été 2022 cauchemardesque. Un avant-goût des calamités promises par le réchauffement climatique, auquel Pékin a répondu... en doublant la mise sur le charbon. Face à l'effondrement des productions de barrages hydrauliques, ou à la flambée de la demande électrique due aux climatiseurs, le gouvernement n'a eu d'autre choix que de décupler sa production de roche noire. De janvier à août, 2,93 milliards de tonnes ont été tirées des mines, en augmentation de 11% sur un an. Selon Greenpeace, pas moins de 8,63 gigawatts de capacité électrique supplémentaire au charbon ont été autorisés sur les trois premiers mois de l'année.

Un pied de nez à la planète et au climat, qui illustre le double discours de Xi Jinping sur la question. Ce renouveau éclipse en effet les accents triomphants du leader chinois au printemps 2021, qualifiant le pays de "contributeur et de pionnier dans l'édification de la civilisation écologique à l'échelle mondiale". A Glasgow il y a bientôt un an, pour la COP 26, les diplomates chinois arrivaient pourtant dans la capitale écossaise avec deux promesses fortes dans les valises : un pic des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030, et une neutralité carbone avant 2060.

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"Zigzag" sur le charbon

Le retour de bâton est sévère. Face à la menace de pénurie électrique, en raison des quotas instaurés, la "transition" s'est effacée au profit de la "sécurité d'approvisionnement" dans le discours des gouvernants chinois. "Cela fait trente ans que Pékin fait du zigzag sur le charbon. Il navigue sans cesse entre volonté de plafonner la production pour des raisons environnementales et la nécessité de relancer l'activité économique avec cette énergie bon marché", remarque François Godement de l'Institut Montaigne.

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Alors que l'effondrement de l'économie a entraîné un recul de 8% des émissions de CO2 au deuxième trimestre, du jamais-vu, le rebond attendu balayera-t-il les belles promesses ? "Il y a un vrai recul de la part du charbon dans la production électrique [NDLR : environ 60% aujourd'hui] en tendance, veut croire Lauri Myllyvirta, du Centre for Research on Energy and Clean Air. La progression des énergies solaire et éolienne est beaucoup plus rapide que prévu. En maintenant ce rythme, il est tout à fait possible que les émissions liées à la production électrique atteignent un pic avant 2025", avance l'expert.

La sincérité de Pékin sur le plan climatique se mesurera sans doute aux ingrédients de la relance. Toute la question est de savoir si elle décidera de renouer avec les plans d'infrastructure et de construction massifs comme par le passé. La Chine doit aussi se montrer plus volontaire à l'international. Alors que Pékin s'est engagé à couper les financements pour la construction de nouvelles centrales à charbon il y a un an, beaucoup sont encore à l'état de projet, comme en Mongolie, au Laos ou au Vietnam. Resteront-elles dans les cartons du gouvernement chinois ?

Retrouvez tous les épisodes de notre série ici :

EPISODE 1 -Chine : la dangereuse obsession de la politique "zéro Covid"

EPISODE 2 -Une économie minée par la dette, le pari raté de Xi Jinping

EPISODE 3 -Moins de TikTok, plus de quantique : en Chine, un secteur de la Tech sous contrôle

EPISODE 4 -Xi Jinping, une diplomatie agressive qui a soudé l'Occident

EPISODE 5 -Comment l'image de la Chine n'a cessé de se ternir

EPISODE 6 - Taïwan : pourquoi la stratégie de la Chine risque de se retourner contre elle