Come-back historique pour Lula. L'ancien métallo de 77 ans débutera le 1er janvier son troisième mandat à la tête du Brésil, 12 ans après avoir quitté le pouvoir sur une popularité record (87%) et après un long passage par la case prison.
Acclamé par une impressionnante marée rouge de centaines de milliers de partisans massés sur l'Avenida Paulista de Sao Paulo, Lula a prôné la "paix et l'unité" après son élection d'une courte tête à la présidence du Brésil, dimanche. Luiz Inacio Lula da Silva a obtenu 50,9% des voix au second tour, contre 49,1% pour le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui ne s'était toujours pas manifesté. L'écart, de moins de deux points de pourcentage, est le plus serré entre deux finalistes de la présidentielle depuis le retour à la démocratie après la dictature militaire (1964-1985).
"Dans n'importe quel pays au monde, le candidat défait m'aurait déjà appelé pour reconnaître sa défaite. Il ne m'a toujours pas appelé, je ne sais pas s'il va appeler et s'il va reconnaître" sa défaite, a poursuivi Lula s'adressant à ses partisans. "J'aimerais bien être juste heureux, mais je suis moitié heureux, moitié inquiet", a-t-il insisté. Le silence du chef de l'Etat sortant était troublant, y compris sur les réseaux sociaux, ou il est d'habitude très actif. C'est la première fois qu'un président brésilien échoue dans sa tentative de réélection. Cet été, L'Express avait évoqué ce scénario redouté d'un Bolsonaro s'accrochant au pouvoir.
Félicitations de Macron, Biden... et Poutine
"À partir du 1er janvier, je vais gouverner pour les 215 millions de Brésiliens et Brésiliennes, pas seulement ceux qui ont voté pour moi", a rappelé l'homme de gauche.
Lula a été rapidement félicité par plusieurs dirigeants étrangers, de Joe Biden à Vladimir Poutine. Le président américain a salué son élection "libre et juste" et son homologue français Emmanuel Macron a estimé que sa victoire "ouvre une nouvelle page de l'histoire du Brésil". Le Premier ministre britannique Rishi Sunak, fraîchement nommé, a quant à lui exprimé sa "hâte" de travailler avec Lula dans un tweet. Tout comme le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau qui espère renforcer le partenariat avec le Brésil "pour faire avancer nos priorités communes - comme la protection de l'environnement", a-t-il tweeté. Le succès de Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil lors de l'élection présidentielle face au chef d'Etat sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro est une victoire pour la "démocratie" et le "climat", a enfin estimé lundi la cheffe de la diplomatie allemande.
Plus surprenant, Vladimir Poutine a également adressé ses félicitations à Luiz Inacio da Silva et dit souhaiter développer avec lui une "coopération constructive", a indiqué le Kremlin. "Veuillez accepter mes sincères félicitations (...) Les résultats de l'élection ont confirmé votre grande autorité politique", a déclaré le chef du Kremlin dans un télégramme adressé à Lula. Pékin souhaite également renforcer son partenariat avec le Brésil après l'élection du démocrate, a assuré dans la matinée le pays dirigé par Xi Jinping.
En Amérique latine, de nombreux dirigeants ont aussi félicité Lula. "Ta victoire ouvre une nouvelle ère dans l'histoire de l'Amérique latine. Un temps d'espoir et un avenir qui commence aujourd'hui", a écrit le président d'Argentine Alberto Fernandez. "Vivent les peuples déterminés à être libres, souverains et indépendants! Aujourd'hui au Brésil la démocratie a triomphé, félicitations Lula, je t'embrasse fort!", s'est réjoui le président Nicolas Maduro du Venezuela. Plus sobrement, le président chilien Gabriel Boric a écrit sur Twitter : "Lula. Joie".
"Notre pays est trop grand pour être relégué au triste rôle de paria", a déclaré le président élu dans son discours de victoire, assurant que le Brésil était "de retour" sur la scène internationale. Lula a également évoqué le sujet brûlant de l'Amazonie, où la déforestation et les incendies ont fortement augmenté sous le mandat de Jair Bolsonaro.
"Le Brésil est prêt à jouer à nouveau les premiers rôles dans la lutte contre le changement climatique. Le Brésil et la planète ont besoin d'une Amazonie en vie", a-t-il dit. "Le cauchemar est enfin terminé. Lula doit agir fermement et rapidement sur l'environnement", a réagi le collectif d'ONG Observatoire du Climat.
Les Bolsonaristes, eux, étaient particulièrement amers. Mais plusieurs alliés importants de Jair Bolsonaro ont reconnu sa défaite, comme l'ancien juge anticorruption Sergio Moro. "La démocratie est ainsi. Je serai dans l'opposition en 2023", a tweeté celui qui avait envoyé Lula en prison. Douze gouverneurs d'Etats brésiliens ont également été élus dimanche, dont le proche du président sortant d'extrême droite, Tarcisio de Freitas dans l'Etat de Sao Paulo, le plus peuplé et le plus riche du Brésil.
