Le détournement d'un vol Ryanair reliant Athènes (Grèce) et Vilnius (Lituanie), au-dessus de la Biélorussie, dimanche, dans le but de capturer un opposant au président-dictateur Loukachenko, fait toujours l'objet de réflexions sur les sanctions à adopter de la part de l'UE. L'évènement, retentissant, bouscule l'Europe qui souhaite réagir vite et fort. Mais comment ?

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Pour l'heure, les dirigeants européens ont décidé lundi d'interdire leur espace aérien et leurs aéroports aux appareils de Biélorussie et recommandé aux compagnies aériennes de l'UE d'éviter l'espace aérien de cette ex-république soviétique. Un nouveau train de sanctions individuelles contre des responsables biélorusses et des entités du pays est également en préparation. Rien d'inédit. "Ce n'est pas évident de dire, qu'est-ce qu'on fait derrière. Dans ces cas-là, on déclenche un conflit armé ?", s'était questionné le président français Emmanuel Macron, mardi, à propos de l'efficacité de ces punitions.

Bruxelles a une idée : taper encore plus durement sur la Biélorussie en agissant sur les exportations de potasse et le transit du gaz russe, deux importantes sources de revenus pour le pays.

Droits de passage sur le gaz

"Le Bélarus est un grand exportateur de potasse : 2,5 milliards de dollars. Tout passe par les pays baltes. C'est facile à contrôler, si on le veut vraiment", avait souligné le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, à la veille d'une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Lisbonne.

"On peut aussi imaginer que le gaz, qui arrive en Europe par le Bélarus vienne toujours en Europe, mais en empruntant un autre gazoduc. Le Bélarus perdrait les droits de passage, ce qui n'est pas négligeable", avait-il ajouté. Les ministres des Affaires étrangères ont eu un premier échange lors de leur réunion de Lisbonne et "des idées ont été avancées, mais aucune décision n'a été prise", a indiqué Josep Borrell à l'issue de la réunion.

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Le ministre allemand Heiko Maas et son homologue du Luxembourg Jean Asselborn ont aussi évoqué "les entreprises du secteur de la potasse et des phosphates" lors de leurs interventions devant la presse. Le chef de la diplomatie allemande a également évoqué la possibilité d'une intervention pour bloquer l'émission d'obligations d'État par Minsk.

Des options pourraient être soumises aux ministres lors de leur prochaine réunion le 21 juin à Luxembourg, a annoncé Josep Borrell. Figure de l'opposition biélorusse, l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a été invitée.

Reste à savoir quel impact ces mesures pourraient avoir sur la population. Cette fois, "il faut vraiment prendre des mesures dont Alexandre Loukachenko sente le poids", a averti Josep Borrell lors de son entretien avec l'AFP. "Cela imposera quelques sacrifices du côté occidental. Mais faire passer les intérêts de l'économie en premier serait une erreur", a abondé Jean Asselborn.