Des résultats qui pourraient être inédits. Lors de l'élection présidentielle de ce samedi, les Taïwanais pourraient élire pour la première fois de leur histoire une femme à la tête de l'île, et tourner le dos à des années de rapprochement avec la Chine. Le Kuomintang (KMT), qui met en oeuvre depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec Pékin sous l'égide de Ma Jing-jeou, devrait en effet céder la présidence à Tsai Ing-wen, une ancienne universitaire de 59 ans.
Cette candidate de la principale formation d'opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), devrait bénéficier du malaise suscité par les relations bilatérales et de la frustration d'une partie des 18 millions d'électeurs face à la stagnation économique. Dans les sondages, elle est créditée de 40% des intentions de vote, soit le double de ce que pourrait obtenir le candidat présenté par le KMT, Eric Chu, 54 ans, maire du Nouveau Taipei.
Le dégel des relations avec Pékin avait culminé fin novembre sur un sommet historique, le premier depuis la violente séparation de la Chine continentale et de l'île de Taïwan il y a plus de 60 ans. Mais, si ce dégel a permis la signature d'accords commerciaux ainsi qu'un boom touristique à Taïwan, bon nombre d'habitants craignent qu'en étant devenu dépendant économiquement de Pékin, l'île n'y ait perdu de son identité et de sa souveraineté. Beaucoup estiment aussi être les laissés pour compte d'une politique qui n'a profité qu'aux grandes entreprises.
Une dégradation des relations entre Taïwan et la Chine
Un malaise sur lequel a surfé Tsai Ing-wen pendant sa campagne, en expliquant que Taipei doit tourner le dos à la dépendance économique envers Pékin et qu'elle écoutera l'opinion publique en ce qui concerne les relations bilatérales. La Chine a en effet d'ores et déjà averti qu'elle ne traiterait pas avec un dirigeant qui ne reconnaîtrait pas que Taïwan fait partie d'"une seule Chine".
Depuis 1992, un consensus tacite conclu entre Pékin et Taipei veut qu'il n'y ait qu'"une seule Chine" et laisse à chaque partie le loisir d'interpréter cela comme elle l'entend. Même si la candidate de l'opposition veille à affirmer qu'elle maintiendra le "statu quo" si elle venait à être élue, la plupart des experts estiment inévitable une certaine dégradation des relations entre la Chine et l'île en cas de victoire de Tsai Ing-wen.
Cette victoire pourrait aussi permettre au parti d'obtenir, pour la première fois, la majorité des 113 sièges au Parlement monocaméral aux législatives qui se déroulent également ce samedi. Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 8 heures à Taïwan, fermeront à 16h00. Les résultats sont attendus dans la soirée.