Tirs de missiles à proximité de l'île, multiples manoeuvres militaires conduisant à un quasi blocus, nuées d'avions de chasse lancés dans la zone d'identification de défense aérienne... : la Chine a orchestré une démonstration de force d'une ampleur inédite pour exprimer son mécontentement après la visite début août à Taipei de Nancy Pelosi, la cheffe des députés américains. Au point qu'a grandi la crainte d'une guerre aux conséquences potentiellement terribles, en plus de celle en Ukraine.
Récupérer Taïwan, que Pékin considère comme l'une de ses provinces, est l'obsession du président Xi, qui devrait rester au pouvoir encore au moins cinq ans. L'empire du Milieu a certes réussi à marquer les esprits cet été, mais la guerre en Ukraine complique ses plans. "Les Chinois font planer depuis plus d'une dizaine d'années la menace d'une attaque façon Blitzkrieg, qui consisterait à détruire les centres de commandement et la force aérienne taïwanais avec des frappes de missiles, des forces spéciales et des cyberattaques afin d'obtenir une capitulation en trois jours, souligne Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie à l'institut Montaigne. Et là, d'un seul coup, les difficultés de la Russie en Ukraine démontrent qu'une telle tentative peut échouer : cela affaiblit beaucoup la crédibilité du scénario chinois. Tout en prouvant aux Taïwanais que s'ils sont capables de résister un minimum, ils auront beaucoup plus de chance d'obtenir un soutien américain."
Parallèlement, alors que le sentiment d'identité taïwanaise ne cesse de progresser dans l'île, la pression militaire croissante exercée par la Chine autour de Taïwan et dans la région pourrait s'avérer contre-productive. "Xi Jinping est allé trop loin. Il a poussé ses voisins à renforcer leur alliance avec les Etats-Unis, ainsi que leur propre système de défense, à l'image du Japon et de Taïwan. Si elle continue dans cette voie, la Chine pourrait se retrouver face à une coalition impressionnante, qui engloberait aussi l'Australie, l'Inde et l'Europe", insiste Charles Kupchan, professeur à l'université de Georgetown.
Certains experts en déduisent que Pékin pourrait être tenté de lancer une offensive avant qu'il ne soit trop tard, d'ici à cinq ans. D'autres penchent pour des avancées progressives, comme la prise d'îles éloignées de l'archipel de Taïwan, afin de décourager le gouvernement de Taipei, et inciter à terme les Etats-Unis à prendre leurs distances. Jusqu'ici, la Chine s'est montrée plutôt prudente : reste à savoir si une trop grande prise de risque la fera trébucher.
Retrouvez tous les épisodes de notre série ici :
EPISODE 1 -Chine : la dangereuse obsession de la politique "zéro Covid"
EPISODE 2 -Une économie minée par la dette, le pari raté de Xi Jinping
EPISODE 3 -Moins de TikTok, plus de quantique : en Chine, un secteur de la Tech sous contrôle
EPISODE 4 -Xi Jinping, une diplomatie agressive qui a soudé l'Occident
EPISODE 5 -Comment l'image de la Chine n'a cessé de se ternir
EPISODE 7 -Le double discours "écolo" de Xi Jinping
